Dans la grotte : la chaleur

Une critique d’Henri d’Ofterdingen de Novalis (1802)

Henri d’Ofterdingen, par le parcours de son personnage éponyme, est l’occasion pour Novalis de penser le rêve, la poésie, la nature, l’amour, la vertu – autant de thèmes de prédilection pour le romantique qu’il est. Par les nombreux récits enchâssés – ceux des marchands, de Soulima, du mineur, de l’ermite, de Klingshor – et les dialogues avec les personnages qu’il rencontre, Henri découvre progressivement, en miroir, la voie qui est la sienne : celle du rêve et de la poésie.

Avec Henri, on s’endort et on rêve, et à l’intérieur même du rêve, on rêve encore. Au réveil venu, les révélations nous ont été soufflées. Le rêve dans Henri d’Ofterdingen, c’est la révélation, la levé du voile sur le mystère des choses ; c’est la défense de l’enfance ; c’est l’imagination libérée enfin du poids de la raison ; l’union entre l’homme et les dieux – la rencontre divine de la nuit et de la lune.

Si c’est d’un rêve qu’est née sa vocation (le rêve de la Fleur bleue par lequel le livre débute), il n’est pas étonnant qu’aux propos sur le rêve succèdent les premiers échanges sur la poésie. La poésie chez Novalis est l’expression de l’intériorité : elle vient de l’âme et résonne dans l’âme de ceux qui s’en abreuvent. Mieux, elle est un pont entre les intériorités, pont dont le poète se promet d’être l’habile protecteur. Elle aussi, comme le rêve, est la fenêtre qui nous dévoile l’être des choses et nous permet d’en gouter la saveur. Elle est la porte sur le monde, un monde qui s’écrit toujours par le dedans grâce à un regard tourné vers soi.

Ce regard s’ancre dans un mouvement : celui d’une descente. Henri d’Ofterdingen est une descente perpétuelle : on descend à l’intérieur de la montagne avec le mineur, on se cache dans la grotte dans le récit des marchands, on rencontre l’ermite lors de sa retraite dans la caverne, et on descend toujours plus en profondeur dans le rêve et dans l’âme d’Henri. De rêve en rêve, de l’amour à la poésie, tout y est descente, quête d’un refuge, d’un espace où l’on peut être seuls, en paix et au chaud – catabase vers le refuge et non les Enfers.

Descente et chaleur – tels seraient les impulsions de la prose de Novalis. La chaleur de la grotte, de l’amour, de la lumière rayonnante que répand la poésie. Une chaleur bleue ; de ce bleu qui domine : le bleu de la Fleur du rêve, le bleu de l’espace, le bleu du lait, le bleu de la lune, le bleu du matin et le bleu de la mort enfin, car l’œuvre se clôt à peine amorcée, Novalis n’ayant pu l’achever avant sa mort à 28 ans.

Le livre offre ainsi une belle méditation sur le rêve et la poésie et les prémisses de nombreuses méditations malheureusement inachevées.

1 réflexion sur « Dans la grotte : la chaleur »

  1. […] Dieu-nocturne et étoilé, toute l’influence romantique de Supervielle s’exprime dans son Dieu-poète. Son Créateur est un créateur qui crée par l’intérieur, conscient du lien si fort entre l’âme et l’extérieur. Créer ce n’est qu’inventer un trésor qui surgit simplement du sommeil, des mouvements du cœur, à peine caché derrière des paupières closes – Novalis si tu nous vois… […]

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