Ô Sirène-anémone

Une critique de Fortunes de Desnos (1942)

Il y a chez Desnos l’écho des chants de la nuit qui ne chantent que pour elle : son unique sirène.

Il y a dans Fortunes, les plus beaux poèmes du XXème, la suprême synthèse de la poésie moderne : « Siramour » (1942) et « The Night of the loveless nights » (1930). En une vingtaine de pages, Desnos porte son art à son paroxysme et laisse pleinement s’exprimer ce qui était déjà en germes dans un poème tel que « De la fleur d’amour et des chevaux migrateurs » (1927). C’est la même parole, la même musique.

Car, dans ce chant de la nuit pour l’unique sirène, il y a d’abord le chant. N’en déplaise aux anti-musicaux, la langue de Desnos est avant tout un chant : de l’alexandrin aux versets libres qui trahissent des jeux encore surréalistes, de l’impair rimbaldien aux structures anaphoriques qui retrouvent plus loin la rigueur des formes fixes ou la longueur de la prose, tout y est chant ; tout est musique dans les mille formes qu’il explore. Tout toujours chante, tout toujours danse. Les images, portées par une parole musicale, tournent à leur rythme sous le regard incertain d’un lecteur qui observe.

Car tout est images et surtout images de nuit, car ce chant de la nuit n’est ni hymne, ni fanfare. Il est discret, murmure, arpège. Il sait se faire gloire – quand il confie à l’amour son amour de l’amour, quand il chante l’union d’une sirène et d’un hippocampe – mais toujours gloire timide. Car parfois la nuit se fait sombre et les algues, les ravins, entourent le poète. C’est « l’immuable saison » où les nuages ne traversent plus les parois stridentes où l’homme est fantôme et l’amante un mirage, où les vampires avalent l’espoir des oiseaux, où l’amant effrayé veille son unique amour.

Car l’amour c’est toujours l’unique : même entre deux visages, il n’y a qu’un amour, l’amour de l’amour ou l’amour d’une sirène, qu’on pourrait perdre toujours mais qu’on retrouverait quand même. C’est l’amour pour celle qui enchante ou détruit le coeur de celui qui n’attend qu’un regard et dont les poèmes ne sont que des pierres à ses pieds. C’est l’amour éternel, comme la nuit certains soirs, comme la danse de l’écume, comme la course des étoiles ou bien celle derrière elle, pour pouvoir un jour vivre des « rêves parallèles » dans « la même chaleur« , dans « la même solitude« .

Pour trouver « l’éternel présent » où il sera aimé d’elle, elle l’unique, la sirène, doit-il donc accepter d’attendre encore un peu, qu’elle entende, à son tour, tous les chants de la nuit qu’il ne chante que pour elle, elle l’unique, la sirène.

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