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un peu rien un peu les tiroirs un peu Metz et Emaz

il y a un deux ans j’avais lu Et si les oeuvres changeaient d’auteur de Pierre Bayard.

dans cet essai, il appliquait à la critique littéraire une méthode amusante : analyser les livres de quelqu’un comme s’ils avaient été écrits par quelqu’un d’autre.

il évoquait entre autres : L’Étranger de Kafka, Autant en emporte le vent de Tolstoï, L’Éthique de Freud, le Cri de Schumann et Alice aux pays des merveilles d’un auteur surréaliste.

à mon tour je m’étais prêtée au jeu et j’avais écrit une critique d’Alice au pays des merveilles de Kafka.

ça donnait quelque chose comme ça :

*

« Si on interroge Alice au pays des merveilles comme si l’oeuvre avait été écrite par Kafka, alors nous saute aux yeux un ensemble d’éléments qui dénote avec la fantaisie et la légèreté qui semblent, à première vue, régir le texte. Comme L’Amérique, Alice au pays des merveilles est traversée par une violence, discrète mais non moins réelle, qui tranche, chaque fois, avec la fausse douceur de l’univers onirique qui nous est présenté. Un lapin, une chenille, le sourire d’un chat, une partie de croquet avec des flamands roses, tout pourrait sembler coquet et tranquille.

Mais…

Chacune des scènes de l’œuvre sera l’occasion pour Alice de découvrir la brutalité, parfois l’arbitraire, des habitants de ce nouvel univers. Alice n’est pas d’ici, c’est à elle de s’adapter et d’accepter les traitements qui lui sont infligés ou qu’elle voit infliger à d’autres. À ce propos, la Reine est sans doute la meilleure incarnation de la violence latente, aussi vide en substance qu’omniprésente dans les discours, qui règne dans ces pages : obsédée par le besoin de décapiter tout ce qui bouge, elle est cette force de destruction stupide et le modèle d’un arbitraire abscons (mais en est-il d’autre ?).

Et, si la violence d’Alice est évidemment moindre que celle d’un Château, le point de conjonction véritable entre Lewis Carroll et Kafka réside dans la passivité et la résignation qui traversent leurs personnages. Passivité surtout dans l’acceptation des situations données, car malgré l’invraisemblance des événements auxquels elle assiste, Alice ne cesse d’y donner un assentiment logique et moral : si cela est, c’est que cela doit être, semble-t-elle toujours dire – cela doit exister, et surtout, cela doit être ce qui est juste ; que l’on malmène un loir, un flamand rose, ou sa propre personne. »

*

voilà, j’aimais bien ce jeu : faire changer les oeuvres d’auteur.

si un jour un livre à moi existe, j’adorerais qu’on lui applique ce procédé.

c’est aussi pour ça que j’aime les collaborations, pour ça peut-être que j’aime peut-être plus les Saisons de Camille Ruiz que les miennes.

bref, tout ça pour dire que j’ai repensé à tout ça en lisant Boue d’Antoine Emaz. j’ai trouvé dans ce recueil un poème qui avait l’air d’avoir été écrit par Thierry Metz.

alors j’ai repensé à cet exercice et à la critique littéraire.

et je me suis dit que je pourrais partager quelques textes ici.

alors voilà le poème en question :

*

l’histoire des visages à la lisière de l’oeil, visages toujours à faire, par l’oeil, ou par celui qui porte le visage, la dérive du corps aussi qui se laisse faire, se laisse être, se laisse tout court, la passivité donc, mais rappeler malgré tout à l’ordre par ce visage à faire. voilà, ça m’y a fait penser.

pour finir de s’en convaincre, ou plutôt pour le simple plaisir de la lecture, voici deux autres poèmes, d’Emaz d’abord, et de Metz, ensuite :

*

voilà c’est déjà tout.

je finirai comme je fais souvent dans mes poèmes avec une question qui est venue de ces lectures : si les visages changeaient de nuit porteraient-ils toujours le même drame ?

je vous laisse y songer.

ps : j’ai publié il y a quelques jours une critique collée d’Extraction de la pierre de folie de Pizarnik. je l’ai appelée : il y a du vent dans le miroir.

les saisons par Camille Ruiz épisode 2

depuis janvier dernier, Camille Ruiz me fait le bonheur de mettre en son quelques-uns de mes poèmes.

elle a remis ça dernièrement avec trois poèmes issus des Histoires au soleil.

à chaque fois c’est comme un peu noël pour moi.

pour fêter ça, comme la dernière fois, j’ai fait une petite vidéo pour accompagner l’audio.

tout ça est à découvrir ici

ou en cliquant sur « résonances », rubrique « les saisons par Camille Ruiz ».

relativisme de la matière, internet

ou méditation sur La Semaine Perpétuelle de Laura Vazquez

C’est assez rassurant la littérature. Ça fait du bien de voir que l’on peut s’y sentir chez soi, parfois. Rencontrer des choses qui nous traversent habituellement, à nous, mais cette fois portées par d’autres voix que la sienne. Par plusieurs voix en même temps. Plusieurs voix qui disent toutes en même temps : « vous comprenez pas que c’est bizarre ? que rien ne va de soi ? exister ? sur une planète ? au milieu du vide ? ou peut-être dans un jeu-vidéo ? qu’est-ce que vous en savez si c’est pas vrai ? putain c’est pas normal et on fait tous comme si c’était logique de vivre et de mourir, et ça depuis le Moyen-Âge ». Voilà ce que j’aime trouver au hasard quand je lis. Des gens qui m’ont l’air un peu comme moi. C’est pour ça que la poésie, parce qu’elle sait porter ces questions jusqu’à la suffocation, est une sorte de petite maison, pour moi. 

C’est aussi pour ça que j’aime les romans. Surtout les romans qu’on pourrait dire essayistiques. J’aime les romans dont la fiction n’est pas le premier souci. J’aime les romans qui s’ouvrent comme des puits. Comme plein de puits, en même temps. Un peu comme la neige quand elle est profonde et mal tassée. On ne sait pas trop si le prochain pas tiendra ou si la jambe s’enfoncera de trente centimètres. C’est ça que j’aime. Plus en littérature qu’en marche à pied. C’est vrai. Avancer dans la narration et parfois s’enfoncer dans trente centimètres de considérations, gratuites et inutiles, mais précisément parce qu’elles sont gratuites et inutiles, nécessaires à la vie du roman lui-même. Comme la neige qui ne peut pas toujours être tassée. Qui doit d’abord être pleine, puis fondre. Mais c’est une autre histoire. *

J’ai lu récemment La Semaine perpétuelle. Je l’ai lu et je l’ai aimé. Ce roman m’a guérie de Solénoïde. Il a repris les gouffres qu’avait ouvert le roman de Cărtărescu. Il a poursuivi la même exploration du vide, la même angoisse face à l’insoutenable légèreté de l’être. J’ai toujours eu cette même impression d’être attrapée par les épaules et violemment secouée. Mais différemment. Ici plutôt, en ayant l’impression qu’on me disait : « oui c’est bizarre mais maintenant ça suffit, arrête de chialer ». Je sais pas. Ce roman est allé au-delà du gouffre. Il est passé comme on switcherait sur une prochaine vidéo. Ou sur quelqu’un. Comme si oui, c’est horrible, oui « quand vous pleurerez, il y aura toujours une guêpe pour piquer votre figure », mais c’est comme ça. « On ne trouve jamais la vie » et on aura beau crier à l’aide sur vingt-cinq pages (ça c’est Solénoïde),  on ne la trouvera quand même pas. 

*

*

Il est dit sur la quatrième de couverture que c’est un roman sur internet. Moi je dirais plutôt que c’est un roman-internet. La nuance est importante. Ça parle d’internet. Oui. Mais pas que. C’est surtout que c’est internet. C’est des onglets qui s’ouvrent en permanence. Une page saturée d’onglets. Des switchs intempestifs. C’est notre attention fébrile. C’est des photos. Des informations. Des selfies. Des mails. Des vidéos. C’est le monde à portée de pouces. 

C’est l’infini turbulent, l’infini de la matière qui n’en finit jamais d’étonner, l’infini de la pensée qui angoisse, qui semble dire : « bordel réalisez que c’est du grand n’importe quoi » mais qui passe vite à autre chose, capté par une nouvelle donnée, à traiter. C’est un roman-internet parce que la forme répond à l’idée d’internet qui est l’univers : immatériel, infini, sans bornes, en perpétuelle expansion, et surtout, entouré de vide, lui-même en expansion… 

C’est des choses très précises aussi. Gratuites et inutiles le plus souvent. Comme dans les romans que j’aime. Combien pèsent ensemble dix baleines – un rhinocéros + deux cigales qui s’accouplent ? Quelle est la température de la surface du soleil ? Et celle d’un coca laissé dans une canette au soleil ? C’est ça qu’on voit ici. Pas ces choses-là. Mais du même genre. Rien de plus que ce qui est. Des choses disséquées. À l’intérieur desquelles on entre pour regarder. C’est ça internet. C’est comment la galle au microscope ? C’est comment dedans la rate ? Et derrière les yeux ? C’est tellement de choses qu’on peut voir. Tellement de choses que c’est aussi souvent ce qu’on aimerait pas voir.

En lisant, souvent, j’ai pensé à L’Arrache-cœur de Boris Vian. J’ai pensé à la scène de la crucifixion du cheval que je devais expliquer un jour à un élève qui ne comprenait pas qu’on puisse écrire des choses pareilles, et moi, les larmes aux yeux, qui essayais de trouver des mots pour parler du sourire du cheval crucifié sans en perdre l’usage de la parole, à jamais. J’ai pensé à Kafka. À ses fonctionnaires. Aux bureaucrates de nos jours qui parent leur maladie bureaucratique derrière des beaux sentiments. Qui vous menacent d’expulsion tout en vous disant qu’il faut chérir les slogans, et répéter : « les enfants se donnent la main et inventent le monde de demain ». 

J’ai pensé à ça parce qu’il y aussi, dans ce roman-internet, ces scènes qui font mal parce qu’elles touchent si justes précisément parce qu’elles sont si loin d’avoir l’air de vouloir être réelles. Forme de travestissement, de détour pour mieux toucher la cible. Comme crucifier un cheval pour dire « le monde va mal ». Pas particulièrement aujourd’hui. Mais toujours. Depuis toujours. Comme cracher à l’intérieur des yeux d’un jeune adolescent. Comme arracher les bras des pauvres sans faire exprès. Comme vouloir faire rapper les rats. Jamais pour larmoyer. Mais sans faire exprès. Car c’est ce qui est.

Et puis, j’ai pensé aux milliards de pensées que j’aurais pu avoir en lisant si un seul paramètre de ma vie avait été modifié. À l’infini de la différence. À ces minuscules paramètres qui protègent l’esprit de la folie. À ce “si … alors on …” qui est partout dans ce roman. « Si l’air avait un visage, nous serions malheureux, je me tuerais, n’est-ce pas ? Nous serions fous, ce serait insupportable et moi je me tuerais. » Si… alors nous serions fous. Nous tous. Tous ensemble. Dans cette chose étrange. Qui est le monde. Qui est la vie. Où la matière se moque de tout. Où la matière n’a pas plus de morale que le roman, “carnaval de la relativité” pour Kundera. Où la matière nous dit « les vers aiment n’importe qui dans cette terre ». Et où internet nous dit : « en se comportant comme un véritable super-organisme, une sorte d’estomac géant, les larves de mouches sont capables de consommer un cadavre en seulement quelques jours ». 

Voilà. Relativisme de la matière, internet. 

C’est un très bon roman. Je le conseille. Une critique c’est toujours qu’un axe. C’est pour ça que j’ai de plus en plus de mal à en faire. Abandonner toutes les autres pistes qui se sont dégagées pendant la lecture. Mais je sais pas. Là j’avais envie. Mais il y a aussi beaucoup d’autres bonnes choses dans ce roman. J’insiste. À chacun sa lecture dirait Protagoras.

Enfin, les citations en italique sont issues du roman. Celle de la photo google aussi.

*

Et ça c’est un gros trou dans la neige.

Voilà. C’est tout. À bientôt.

dernier volume des saisons et deuxième numéro de sova tv

quelque chose de froid, le dernier volume des saisons, est désormais disponible. les saisons sont désormais complètes. j’essaierai de synthétiser tout ça bientôt.

comme février est fini, le deuxième numéro de sova tv est disponible aussi. je les imprime désormais avec de l’encre plus épaisse pour qu’ils soient plus lisibles.


le volume hivernal, les exemplaires saisonniers restants ou les sova tv peuvent être commandés ici.

merci à celles et ceux qui ont accompagné l’aventure des saisons. c’était chouette.

à bientôt pour la suite.

plein de choses

ça veut dire : un entretien avec Nathanaëlle Quoirez pour Poétisthme, la poursuite de différents projets, deux publications dans deux revues, un peu de lecture, un peu de musique, et quelques méditations entre tout ça.

*

un entretien avec Nathanaëlle Quoirez pour Poétisthme

alerté par un post instagram dans lequel je disais beaucoup de bien d’un livret de huit poèmes écrit par Nathanaëlle Quoirez et édité par Manon Thiery (et accompagné des dessins de cette dernière), loan diaz, éditeur de la revue, devenue association et maison d’édition, Poétisthme, m’a proposé de poser quelques questions à Nathanaëlle sur la et sa poésie et d’en faire paraître le résultat dans Les Carnets de l’Isthmographe, véritable “observatoire des poétiques du lien”, qui proposent, à chaque numéro de découvrir la vision et la pratique d’un artiste. 

c’est désormais chose faite. vous pouvez découvrir cet entretien sur le site de Poétisthme, rubrique les Carnets de l’Isthmographe. on y parle du corps, de l’inspiration, de l’adresse, du bricolage. l’entretien est accompagné par une sélection de poèmes de Nathanaëlle.

*

pendant que j’y suis avec Poétisthme, un livre est sorti récemment. il s’agit de La Mise à sac de Joe Bandini. loan, qui l’a traduit, évoque dans sa préface, au sujet du recueil, la fragmentation d’un soleil, quelque chose qui s’auto-détruit mais continue à rayonner. je n’aurai pas mieux à dire. lisez ce livre. il est possible de le commander sur le site de la revue-édition-association ou de l’obtenir gratuitement en téléchargeant la version pixels, toujours sur le site. 

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l’avancée des projets en cours

les saisons – suite et fin

à part ça, j’ai officiellement fini les dix poèmes qui composent le quatrième volet de mes saisons ; il s’agit du livret hivernal, qui s’appellera, quelque chose de froid. il ne me reste plus qu’à éditer les reproductions des collages, à faire la maquette, à tisser les recueils, et ça sera prêt pour l’envoi. il y est question de l’inéternel retour des cheveux abîmes, de truffes appelées Atlantis, du silence des oiseaux, du nouvel an, de noël, de la saint-valentin, de l’humidité et des JO d’hiver. bref, il est bien. plus que quelques poèmes (toujours à partir du même matériau) et on pourra appeler ça un presque-livre en attendant qu’une maison d’édition en fasse un vrai-livre.


en attendant, voici l’un des poèmes de ce nouveau recueil :

« il n’y a plus de pigments mais des tonalités

si l’inertie est sortie de sa cage
ils ont vu dans sa main la lumière d’une autre lumière 


demande au temps comment vont les saisons l’hiver
comment faire le bon choix de radiateur
comment protéger sa naïveté quand on est une couleur passée


passage

et si tout commençait par là
serait-ce déjà quelque part ? 


je récupère mes cheveux accumulés dans la douche

comme un château de cartes délaissé
ils habitent la dispersion

nul cycle n’ira les chercher pour renaître


serait-ce cela la paix ? »

*

sova tv, radio sova : le nouvel empire des médias

parallèlement à cette fin des saisons, toujours soucieuse de tester ma capacité à composer à partir de n’importe quoi, ou plutôt, à partir de rien de trop poétique, je continue sova tv, ce projet consistant à composer un poème-croquis par semaine à partir du programme télé de la semaine correspondante. 

à côté de ça, je souhaitais aussi travailler sur la mise en voix de mes poèmes. j’en parlais il y a deux ou trois semaines ici. ce projet-croquis s’est présenté comme une occasion en or d’expérimenter la mise en son. alors j’essaie, de temps en temps, de mettre en voix, en son ou en musique, l’un de ces poèmes. j’ai appelé ça radio sova.

je le concède : sova tv, radio sova, ça fait un peu empire médiatique mais j’aime bien. pour une fois en plus, ça donne pas la nausée et ça cherche pas à vous influencer.

le dernier poème que j’ai réalisé pour sova tv se conclut sur un kōan (phrase, ou parfois même anecdote ou fable, paradoxale ou absurde, utilisée dans le bouddhisme zen) que j’aime beaucoup. je le reproduis ci-après :

« la nature la première
se dévoile en forme d’adieu

s’il doit ne rester qu’une impasse
que ce soit une vague »

*

deux publications

aussi, dernièrement j’ai reçu un zine et une revue dans lesquels certains de mes poèmes ont été publiés. 

le zine est intitulé Le Festin et présenté par La Chaise jaune, collectif de micro-édition basé à Londres et Lausanne. ce numéro comprend des poèmes, des textes, des illustrations, des peintures, des photographies et toutes sortes d’expérimentations. le poème que j’y publie est extrait de mes histoires au soleil.

pour la publication en revue, il s’agit de Point de chute, plus particulièrement, du troisième numéro. Point de Chute est une revue de poésie qui publie uniquement des inédits. on y trouvera, de mon côté, six collages inédits – regroupés dans une suite appelée némésis – ainsi que des contributions de Sibylle Bolli, Alix Leridon, Sylvain Milliot, Victor Malzac, Eli Desanlis, et deux traductions de Wendy Chen (traduite par Geoffrey Pauly) et Ayat Abou Shmeiss (traduite par Shira Abramovich et Lénaïg Cariou). la série que j’y publie est plus expérimentale, plus brutale que ce que je fais habituellement. c’est la ville et l’atomisation, l’aliénation et un terrain vague. c’était un essai. depuis je suis retournée au végétal. 

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un peu de lecture

en matière de lecture, ces dernières semaines, j’ai essayé d’oublier Solénoïde de Cărtărescu. je me sens toujours pas apte à en parler.

alors parlons d’autres choses.

si on excepte un roman, Dans la forêt de Jean Hegland, une nouvella, Le Tunnel de Sábato et quelques nouvelles de Lovecraft, j’ai surtout lu de la poésie ; 

ça veut dire :

pas mal des haïkus, notamment l’anthologie de Bashō, traduite par Makoto Kemmoku, parue l’année dernière chez Points ; 

Éclipse d’étoile de Nelly Sachs, dont j’ai bien aimé la première partie – Dans la demeure des morts – un peu moins la seconde – Éclipse d’étoile ;

Mariées rebelles de Laura Kasischke, dans lequel j’ai trouvé l’épigraphe que je voudrais faire figurer sur mes Saisons ; 

Extraction de la pierre de folie d’Alejandra Pizarnik dont j’aimerais bien faire une critique collée ; 

Rien du tout, d’Olivia Tapiero, qui est tout, sauf rien du tout, qui est chair du monde et du corps, qui est cri, qui est polyphonie et animal sous-marin ; 

j’ai aussi relu Tomates de septembre de Karina Borowicz, paru chez Cheyne en édition bilingue et traduit par Juliette Mouïren, qui regroupe ses deux premiers recueils, The Bees Are Waiting ainsi que Proof. j’en publie ici deux poèmes, parmi mes préférés du recueil. j’y ai retrouvé tout ce que j’aime en poésie : des animaux, des questions et des fantômes. 

peut-être que ce qui m’a conduit à ces lectures, directement ou non, et au-delà d’un pur soucis de culture littéraire ou d’un fanatisme personnel (je pense à Pizarnik), c’est qu’elles me semblaient toutes avoir un lien, plus ou moins profond, avec le monde. 

or, je trouve que ce lien, loin d’être anecdotique, aujourd’hui se fait rare. 

Alain Jouffroy, dans le texte que j’ai reproduit plus bas, appelle ce lien la poésie vécue ; elle est celle qui résulte d’une expérience ou d’une perception (il parle de l’antériorité de l’expérience sur la parole). pour cela elle peut être ancrée dans son époque (Rien du tout est, en cela, un exemple d’une poésie qui dit le monde sans s’y perdre, qui dit le monde pour mieux le confronter à ses vices, à ses morts, pour mieux s’en protéger, pour ne pas faire que dire pour dire) ou tout simplement interroger notre “énigmatique présence au monde” (sur ce point, c’est surtout la poésie de Karina Borowicz qui est exemplaire).
la poésie engage sa communicabilité dans ce lien avec le monde ; c’est pour ça qu’il est important. pour écrire aussi pour les autres et pas que pour soi.

au-delà d’une position de principe, je trouve que c’est plus sympa de lire des textes qu’on comprend, qui nous parle des choses et du monde, qui nous interroge, plutôt que des suites de mots, enfermées dans le soi qui les produit. bien sûr, la poésie ne doit pas être plate comme une liste de courses et doit cultiver son mystère. mais elle doit aussi se faire monde. aller aux racines (même si rhizomatiques). donner à lire des espaces mentaux. poser des questions encore et encore. refléter la soif de savoir et surtout la faim d’être de la personne derrière le stylo, le clavier ou l’écran (et qui sait, bientôt le cerveau).  j’aime beaucoup l’expression qu’emploie Nathanaëlle dans son entretien lorsqu’elle dit écrire pour chercher à « résoudre la Grande Énigme ». ça me semble aussi être ça la poésie vécue. 

mais tout est question d’équilibre.

c’est aussi pour ça que j’ai relu le Tao-to-King. j’en ai mis quelques extraits en-dessous. c’était pour réfléchir sur l’équilibre et sur le vide, sur un dire qui pourrait être juste comme un chemin pourrait être la voie. c’est pour ça et aussi parce que j’ai repris Les Portes de la perception d’Aldous Huxley suite à une lecture d’un essai fascinant d’Olivier Chambon, médecin-psychiatre, sur La Médecine psychédélique et l’usage thérapeutique de différents “hallucinogènes”. je vous conseille cet essai. d’ailleurs, pour finir et boucler la boucle, Alain Jouffroy évoque très brièvement dans son Manifeste de la poésie vécue l’influence de la psilocybine (substance psychédélique contenue dans les champignons hallucinogènes) sur son rapport à la poésie. alors peut-être est-ce celui-ci le vrai fil de toutes ces lectures ? le fil-racine d’un champignon magique. 

maintenant voici quelques extraits. il faut cliquer sur les images pour les lire : *

Karina Borowicz, Tomates de septembre

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Alain Jouffroy, Manifeste de la poésie vécue

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Lao-Tseu, Dao de jing ou Tao-to-King ou Livre de la Voie et de la Vertu

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un peu de musique

tout autre chose maintenant : je suis un peu obsessionnelle avec la musique et parfois, plus particulièrement avec certains morceaux. rien d’original. mais je me suis dit que ce serait cool de partager ici quelques-uns des morceaux que j’ai pu faire tourner en boucle ces dernières semaines.
au lycée, j’avais créé un blog musical. je trouvais ça bien de partager de la musique. alors, voilà, en souvenir du bon vieux temps, et pour donner forme à ma régression perpétuelle vers l’adolescence, voici quelques liens vers quelques morceaux que j’ai découverts ou aimés dernièrement. 

il y avait aussi Ei Dvipa de Merope, The Orchids de Psychic TV, pokka pokka de Fishmans, I can’t live in this world anymore de His name is alive, Good fortune de PJ Harvey, Tears are in your eyes de Yo la Tengo, et Hommage to a friendship de The Zenmenn – mais les liens intégrés ne marchaient pas pour ceux-là.

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et le reste

pour finir sur quelques évidences-vérités, bien sûr, j’ai fait des choses moins glorieuses ces dernières semaines, comme par exemple regarder les deux saisons de The Witcher, démarrer une nouvelle partie de Pokémon – cette fois version alpha saphir – m’énerver à propos du monde, traîner, déprimer, enchainer des vidéos inutiles sur Youtube, envoyer des selfies pourris à mes amis, penser au sens de la vie le jour et à la folie de la mort la nuit, et surtout, scroller beaucoup trop longtemps sur mon téléphone.

en image, ça donnerait ça :

enfin, à part ça, je vais bientôt déménager. c’est la quatrième fois en un an et demi (et la onzième en huit ans). mais c’est toujours pour le mieux. et puis, et ça c’est plus étonnant, je vais re-travailler.
voilà, c’est la fin de ce post étrange, où il y a à boire et à manger.

*

alors à bientôt pour des nouvelles nourritures.

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quelques notes sur la poésie sonore


J’ai créé une nouvelle page, ici sur ce site, qui s’appelle Résonances.


Je l’ai créée dans le but de regrouper des projets à venir apparentés, de près ou de loin, à la poésie sonore.

C’est quelque chose que j’ai envie de développer.

Moi-même, je ne m’y connais pas trop (encore) en poésie sonore.

Pour le moment, je me contente d’aimer (beaucoup) les mises en voix / en sons.

Je ne suis pas très forte pour ce qui est trop expérimental.

Je suis plus Kankyō Ongaku que raclement de gorge.

Les poèmes de Henri Chopin me font aussi peur que certaines compositions de Xenakis.

Pourtant, j’aimerais bien comprendre et j’aimerais bien aimer.

Alors, j’ai un peu cherché ce qu’il en était et ce qu’on appelait poésie sonore.

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Dans un entretien accordé à Alexandre Gherban, pour Poezibao, Tibor Papp propose une typologie des poèmes sonores à partir de leur proximité avec la langue écrite-et-parlée :

  • le groupe 1 est composé des poèmes « enrichis en sonorités » ; il s’agit des poèmes les plus proches de la langue écrite-et-parlée ; le sens du discours y évolue d’une manière linéaire, souvent enrichie ou interrompue par des additions d’effets. dans cette catégorie entrent aussi les poèmes évoluant par « contagion sonore ».
    il cite un poème de Paul de Vree que je ne retrouve pas. voici en échange Veronika.
    je pense de mon côté à certaines lectures de Sandra Moussempès.

  • le groupe 2 est composé des poèmes répétitifs ; ici, « le poème est le résultat de la répétition rigoureusement identique, avec des intonations variées d’un groupe de mots (deux au minimum) »
    il cite en exemple Séduction Séducteur d’Adriano Spatola.

  • le groupe 3 est composé des poèmes phonétiques dans lesquels « les phonèmes sont séparés de tout contexte et, même lorsqu’ils sont associés les uns aux autres, n’y ont aucune vocation à exprimer des distinctions sémantiques ».
    il cite en exemple L’Ursonate de Kurt Schwitters.

  • le groupe 4 est composé – ça devient technique – des poèmes sonores rythmiques à monèmes lexicaux. le rythme y est déterminé par « le retour régulier des accents rythmiques, sans que l’on tienne compte du nombre de syllabes atones intercalaires » soit par « la division du vers en mesures ».
    il cite en exemple son propre Poéticoconcerto pour Tché.

  • le groupe 5 est composé des poèmes sonores à gisements sémantiques multiples. ces poèmes sont faits de couches superposées qui se croisent.
    il cite Tout autour de Vaduz de Bernard Heidsieck.

  • le groupe 6 est composé des poèmes en flots sonores où « les monèmes lexicaux et les événements sonores sont mélangés ». ils n’ont pas d’organisation syntaxique.
    il cite en exemple Sol air de Henri Chopin.

  • le groupe 7 est composé des poèmes poèmes sonores réalistes ; il s’agit de « poèmes basés sur les bruits humains buccaux ou non, extérieurs au système phonologique » ; « la structure du poème sonore réaliste est basée sur la succession logique des éléments ayant un sens codé ».
    il cite en exemple Crirythme de François Dufrêne.


Je mets tout ça ici surtout pour moi. Pour le garder quelque part.

Ce sont peut-être des pistes pour plus tard.

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En attendant d’en savoir plus, je vous invite à écouter le premier projet de ce nouveau projet : une collaboration avec Camille Ruiz qui a accepté de donner sons à trois de mes poèmes issues des Humeurs printanières.

C’est en écoute ici et c’est très beau.

Prenez juste des écouteurs.

Avec un peu de chance c’est juste le début.




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parution de Sova TV

B o n j o u r .

Vu que l’algorithme de mes réseaux sociaux semble fâché contre moi et vu que 2022 c’est l’année de toutes les nouveautés, je passe par le biais de mes articles – et donc de l’éventuel email que recevront les abonnés – pour vous dire qu’ailleurs sur mon site – rubrique « Sova TV » dans l’onglet « Les carnets » – je présente ma nouvelle série de livrets, les bien-nommés, vous l’aurez deviné, Sova TV.

Je vous y explique la démarche qui anime cette série – il y est question du croquis en poésie – et vous en montre plein de photos. Il est possible de commander un exemplaire directement sur le site – 2022, année des nouveautés, vous dis-je..!

Je pense que je vais prendre l’habitude de communiquer par ce biais.

Pas seulement pour vous parler de la sortie de mes livrets (et d’autres choses qui arrivent bientôt), mais pour vous partager des lectures, des textes, les créations des autres, et qui sait, parfois, tout autre chose.

2022, le retour du skyblog refoulé ?

À b i e n t ô t .