Récits de deuil en rêve

Une critique de Nuit de foi et de vertu (Faithful and Virtuous Night) de Louise Glück (2014), Trad. Romain Benini D’abord publié en 2014 chez Farrar, Straus and Giroux, Nuit de foi et de vertu (Faithful and virtuous night) vient de paraître chez Gallimard avec une traduction de Romain Benini. Pendant nocturne à L’Iris sauvage… Lire la suite Récits de deuil en rêve

La ville métallique

Une critique-préface de La Preuve égoïste de René Ghil (1890) Cet article est la transcription de la préface de La Preuve égoïste que j'ai rédigée pour l'association Poétisthme - revue et maison d'édition associatives, ayant à coeur l'expérimentation autant que la transmission poétiques. Vous trouverez sur leur site une lecture de la préface par loan… Lire la suite La ville métallique

Fuyant (l’)horizon

Dans la première de ses Onze études sur la poésie moderne, Jean-Pierre Richard aborde la poétique de Reverdy à travers deux motifs centraux : la cloison et l’horizon. Ces motifs se comprennent selon un mouvement dialectique : le premier, quasi obsessionnel, n’est dépassé qu’en tant qu’il se dissipe dans l’horizon lointain. En cela, la poétique de Reverdy peut être envisagée comme une tentative, toujours vaine, mais chaque fois renouvelée, pour se défaire des murs – dans le poème suscité : “le filet qui emprisonne ses mailles” – qui enserrent la matière et l’existence.

Seul comme une étoile ou le devenir-étoile de la solitude

Comme les étoiles fébriles qui, le soir venu, se cherchent des yeux, attendant la certitude vaporeuse d’une solitude partagée, même de loin, d’années en lumière, le piéton qu’est Léon-Paul Fargue, cherche le soir venu les vagabonds qui comme lui déambulent, vainement, à la recherche de la certitude vaporeuse d’une solitude partagée. Ensemblement seuls, ils cherchent – eux les piétons, elles les étoiles – l’origine, le sens ou la direction d’un pas ou d’une histoire, celle des rues et des constellations, du mouvement des astres ou des rayons des lampadaires.

Habiter le monde à partir du désert

Dans Terre des hommes, ouvrage autobiographique composé de récits épars, Saint-Exupéry évoque certains des événements liés à sa fonction d’aviateur au sein de l’Aéropostale. Deux récits se démarquent sensiblement de l’ensemble, tous deux relatant des accidents d’aviation : celui de Guillaumet perdu dans les montagnes andines et celui de Saint-Exupéry lui-même, accompagné d’André Prévot, dans le désert saharien. C’est sur ce fond narratif que vont se greffer des réflexions qui feront de l’apparente mièvrerie du Petit Prince, l’arbre qui cache la forêt de la puissance de Saint-Exupéry. En effet, l’œuvre se veut une défense brulante du courage, du combat, de la responsabilité et de l’espérance – toutes ses notions étant comprises les unes dans les autres – qui élève sa parole à celle d’un cri, cri ou réveil lancé à la face des hommes semi-endormis – le nous d’aujourd’hui.

L’esth-éthique de la Nature

Influencé par les religions orientales, le néoplatonisme, le stoïcisme, le romantisme (notamment à travers la naturphilosophie) et le christianisme, Emerson est le fondateur du transcendantalisme. Mouvement philosophique, littéraire et spirituel né aux États-Unis au début du XIXème siècle, le transcendantalisme – comme son nom l’indique – repose sur des principes transcendantaux selon lesquels l’être serait fait d’une nature spirituelle, éminemment bonne, à l’image de celle de la nature, que vient seulement corrompre la vie en société.

Avec ou contre les anges ?

Broyé par le monde dans lequel il se meut, l’homme de l’ère technique est séparé de l’Ouvert. Pire, il n’est plus capable de discerner la trace des anges enfuis – cachés définitivement dans l’invisible qui leur est propre – et de se souvenir que comme l’Ouvert, il fut un temps, où ils vivaient. Rilke est clair : les anges ne sont pas morts ; ils se sont simplement cachés, enfuis, désespérés de n’être plus considérés. C’est de la fuite des anges et, pire, de l’oubli de la fuite des anges, que naît ce « temps de détresse » (pour reprendre l’expression d’Hölderlin) qui menace l’existence même des choses du monde : si les dieux ont disparu (dans l’invisible puis dans l’oubli), bientôt viendra au tour des choses de disparaître aussi. Alors, c’est pour lutter contre cette disparition que le poète s’allie à l’ange et tente de sauver ce qui peut l’être.

La conquête de la chose

À l’heure du « sans-distance », où tout, des informations aux transports en passant par les objets de consommation, paraît proche et accessible, les choses n’ont pourtant jamais été aussi lointaines. À l’inverse, la proximité – la proximité vraie, pas celle du sans distance, de l’accessibilité facile – revient à penser la « choséité de la chose ». Qu’est-ce que « la choséité de la chose » en langage humain – et donc, non heideggérien ? C’est la conquête que mène Ponge, c’est le jamais-dit, le neuf, ce que l’on peut dire de l’objet que l’on est le seul à pouvoir dire. C’est le singulier, ce par quoi la chose se dévoile, neuve et nue.