Un crocus dans la gorge

Une critique des Poèmes d'Emily Dickinson (1886) en forme de prose poétique Herbier d'Emily Dickinson conservé à La Houghton Library de l'Université d'Harvard Depuis hier, j’ai un crocus dans la gorge. Si ça avait été une Pâquerette, ce serait plus simple – elles sont mes amies, avec elles je me sens sous terre et en… Lire la suite Un crocus dans la gorge

Récits de deuil en rêve

Une critique de Nuit de foi et de vertu (Faithful and Virtuous Night) de Louise Glück (2014), Trad. Romain Benini D’abord publié en 2014 chez Farrar, Straus and Giroux, Nuit de foi et de vertu (Faithful and virtuous night) vient de paraître chez Gallimard avec une traduction de Romain Benini. Pendant nocturne à L’Iris sauvage… Lire la suite Récits de deuil en rêve

La ville métallique

Une critique-préface de La Preuve égoïste de René Ghil (1890) Cet article est la transcription de la préface de La Preuve égoïste que j'ai rédigée pour l'association Poétisthme - revue et maison d'édition associatives, ayant à coeur l'expérimentation autant que la transmission poétiques. Vous trouverez sur leur site une lecture de la préface par loan… Lire la suite La ville métallique

Fuyant (l’)horizon

Dans la première de ses Onze études sur la poésie moderne, Jean-Pierre Richard aborde la poétique de Reverdy à travers deux motifs centraux : la cloison et l’horizon. Ces motifs se comprennent selon un mouvement dialectique : le premier, quasi obsessionnel, n’est dépassé qu’en tant qu’il se dissipe dans l’horizon lointain. En cela, la poétique de Reverdy peut être envisagée comme une tentative, toujours vaine, mais chaque fois renouvelée, pour se défaire des murs – dans le poème suscité : “le filet qui emprisonne ses mailles” – qui enserrent la matière et l’existence.

Seul comme une étoile ou le devenir-étoile de la solitude

Comme les étoiles fébriles qui, le soir venu, se cherchent des yeux, attendant la certitude vaporeuse d’une solitude partagée, même de loin, d’années en lumière, le piéton qu’est Léon-Paul Fargue, cherche le soir venu les vagabonds qui comme lui déambulent, vainement, à la recherche de la certitude vaporeuse d’une solitude partagée. Ensemblement seuls, ils cherchent – eux les piétons, elles les étoiles – l’origine, le sens ou la direction d’un pas ou d’une histoire, celle des rues et des constellations, du mouvement des astres ou des rayons des lampadaires.

Avec ou contre les anges ?

Broyé par le monde dans lequel il se meut, l’homme de l’ère technique est séparé de l’Ouvert. Pire, il n’est plus capable de discerner la trace des anges enfuis – cachés définitivement dans l’invisible qui leur est propre – et de se souvenir que comme l’Ouvert, il fut un temps, où ils vivaient. Rilke est clair : les anges ne sont pas morts ; ils se sont simplement cachés, enfuis, désespérés de n’être plus considérés. C’est de la fuite des anges et, pire, de l’oubli de la fuite des anges, que naît ce « temps de détresse » (pour reprendre l’expression d’Hölderlin) qui menace l’existence même des choses du monde : si les dieux ont disparu (dans l’invisible puis dans l’oubli), bientôt viendra au tour des choses de disparaître aussi. Alors, c’est pour lutter contre cette disparition que le poète s’allie à l’ange et tente de sauver ce qui peut l’être.

Suis-je une salamandre somnambule ?

« Somanmbule en plein midi », le poète-dormeur, mi-rêveur, mi-errant, n’est pas à sa place sous l’astre solaire, alors à son zénith. Il ne peut pas vivre en phase avec les choses du monde car son soleil à lui, c’est celui de la nuit, ou celui qu’il fabrique, tous les jours malgré lui. Pour supporter la vie, pour qui dort à midi, même rêveur, même poète, faut-il rayonner de sa propre lumière, de son feu intérieur quitte à les éblouir – les passants et les chiens qui courent le long des murs – les éblouir car personne n'en veut de la lumière du poète, de celui qui abrite une salamandre dans sa tête ; c’est qu’ils ont les yeux si fragiles, eux qui redoutent de voir la salamandre s’enflammer qui leur donnerait l’envie de vivre dans la chaleur ou bien l’intensité.