Habiter le monde à partir du désert

Dans Terre des hommes, ouvrage autobiographique composé de récits épars, Saint-Exupéry évoque certains des événements liés à sa fonction d’aviateur au sein de l’Aéropostale. Deux récits se démarquent sensiblement de l’ensemble, tous deux relatant des accidents d’aviation : celui de Guillaumet perdu dans les montagnes andines et celui de Saint-Exupéry lui-même, accompagné d’André Prévot, dans le désert saharien. C’est sur ce fond narratif que vont se greffer des réflexions qui feront de l’apparente mièvrerie du Petit Prince, l’arbre qui cache la forêt de la puissance de Saint-Exupéry. En effet, l’œuvre se veut une défense brulante du courage, du combat, de la responsabilité et de l’espérance – toutes ses notions étant comprises les unes dans les autres – qui élève sa parole à celle d’un cri, cri ou réveil lancé à la face des hommes semi-endormis – le nous d’aujourd’hui.

Regard (més)aventureux

Dans la lignée de ma critique des Leçons américaines, j’attaque aujourd’hui un texte cher à mon cœur : Palomar. Dans cette œuvre mi récit, mi poème en prose, mi apologue, Calvino traite d’une question qui m’obsède et que je tente vaguement d’exorciser dans mes piètres écrits : quelle est la valeur de la connaissance empirique ? De cette question, disons, centrale, découlent d’autres questions, voisines, amies, qui toutes interrogent l’essence de la perception : que peut-on saisir du perçu, du réel ? en est-il d’ailleurs un ? un regard détermine-t-il ce qui se joue devant lui ? un reflet meurt-il sans des yeux pour le voir ? et que suis-je d’autre, moi, qu’un regard qui observe le monde ?

Kafka avec Carroll : pour un corps à corps

Alors, depuis ma lecture de Bayard, je me suis donc plue à attribuer les œuvres que je lisais à d’autres auteurs. Ainsi d’Alice au pays des merveilles de Kafka. Car si Bayard insiste, non sans grande originalité peut-être, sur les associations d’images et la logique onirique qui s’y déploie, en attribuant l’œuvre à un auteur surréaliste, ce qui m’a frappé dans ma lecture – peut-être une question d’état d’esprit hein, c’est vrai qu’en ce moment, ça cogite, ça cogite… – c’est surtout la passivité et la résignation qui habitent aussi bien Alice que les personnages du pays des merveilles – finalement pas si merveilleux à mes yeux…

Le solipsisme de Malraux

Une fois n'est pas coutume, on retrouvera dans ces lignes, une oeuvre qui se situe à quelques lieues de La Condition humaine et qui servira de phare et de guide : L'Archangélique, recueil de poésie écrit en 1944 par Georges Bataille. Avant ça, disons-le tout de suite : si votre âme est perturbée ces temps-ci, évitez l'un et l'autre. Conseil d'amie ! Ni Bataille ni Malraux ne sauront vous être utiles si vous luttez contre la noirceur et l'isolement - confinement ou pas d'ailleurs.

Là-haut tournent les astres

Je pense à Guerre et Paix et me revient une phrase de L'Insoutenable légèreté de l'être : "L'Histoire est tout aussi légère que la vie de l'individu, insoutenablement légère, légère comme un duvet, comme une poussière qui s'envole, comme une chose qui va disparaître demain". Et soudain, en une phrase, il me semble toucher du doigt les enjeux de l'œuvre de Tolstoï, et ce, bien au-delà d'ailleurs de Guerre et Paix.

Dans la grotte : la chaleur

Une critique d'Henri d'Ofterdingen de Novalis (1802) Henri d'Ofterdingen, par le parcours de son personnage éponyme, est l'occasion pour Novalis de penser le rêve, la poésie, la nature, l'amour, la vertu - autant de thèmes de prédilection pour le romantique qu'il est. Par les nombreux récits enchâssés - ceux des marchands, de Soulima, du mineur,… Lire la suite Dans la grotte : la chaleur

Ricaner comme Rogojine

Une critique de L'Idiot de Fiodor Dostoïevski (1869) Une idée répandue veut que les romans de Dostoïevski se distinguent par l'impression qu'ils laissent au lecteur. Si je cherche l'impression ou l'image qu'il me reste de ma lecture de L'Idiot, ce doit être sûrement celle d'un profond malaise, malaise qui s'incarne dans un rire nerveux, un rire… Lire la suite Ricaner comme Rogojine