Les poupées russes de l’absence

Une critique de Les vivres de Marie de Quatrebarbes (2021)
en forme de prose poétique

*

Extrait de “Pourquoi hanter les maisons, y vivre ensuite
vidéo/texte de Marie de Quatrebarbes et Maël Guesdon

*

Je fais le tour, je suis autour d’une couleur, je tends la main vers.

“Moi j’aurais dit elle.”

Les tasses comme les larmes se fondent, on ne sait plus qui des tasses ou des larmes contiennent les autres – qui du mot de la phrase supporte mon regard.

Ce qui est sûr c’est qu’il y a des reflets que je frotte de mes yeux – aussi des reflets.

Je fais attention aux angles, aux bruits, aux parapluies.

“Qu’est-ce à dire ? J’ai besoin de comprendre.”

C’est en petit que les mots que j’écris sont écrits – en petit, en attaché, en enfance.

Ils sautent de l’un à un autre, les uns sur les autres – comme les tasses et les larmes – ils conjurent, ils déplacent, ils sont libres de dire comme de jouer – même autour des reflets, même autour de l’absence.

« Une rose est dans une rose, une abeille dans une abeille ».

Je ne sais plus si dans la pièce je suis moi ou les meubles ou les murs ou l’espace qui nous sépare quand « tu pars, toi, à vitesse croissante ».

Est-ce qu’il y a quelqu’un qui esprit mon esprit comme on mure les murs ?

Il y a des couleurs.

« Elle dit : le sablier est la chose la plus triste qu’il m’ait été donné de voir. Tout le monde dit : le sablier est la chose la plus triste. »

“J’aimerais comprendre ce que tu dis mais je ne fais que sentir.
_C’est bien, c’est le début d’une caresse.”

Il y a de plus en plus de « rouge » : « le lait rouge de l’enfance », « les souliers blessés » et la terre « sous les ongles ».

Avec tout ce rouge, te remettras-tu ? Peut-être comme reflet du rouge foncé ?

« Je suis descendue au niveau de ma peur ».

Tu ne te remettras pas. Ou alors c’est moi ? Ou le sablier ?

J’arrive à m’y faire – quand je joue, quand je ris, quand j’oublie et quand j’habite l’oubli où nous nous retrouvons.

« Plus ces moments-là sont lointains, plus ils existent en dehors de moi, mieux je les vois. »

Ce n’est pas grave si je pleure mes larmes adviennent comme les phrases où j’existe, comme les détours qu’elles prennent comme la vie quand elle prend les vivres et les vivres la vie.

Je n’ai que cinq ans.

Mes larmes sont des phrases qui sortent d’ailleurs que de moi – peut-être du sablier ou du coin de la pièce.

Quel est le sens de l’absence ? L’absence seulement.

Et comment dire l’absence sinon en rendant absente l’absence elle-même – sinon en jouant autour.

Je n’ai que cinq ans.

Je ne sais pas vraiment ce qui se passe tout autour – « comment savoir quand c’est son tour de pleurer ? », comment savoir quand c’est la faute de l’oubli ou du sablier, comment savoir « rêver les membres » « si vous êtes le cœur » ?

« Parfois, je ris sans le savoir » mais comment savoir ?

“« On croît naître » mais peut-être qu’on ne fait que vivres – et ça : « en nombre illimité ».
_ Tu vois, tu commences à comprendre. Il ne te reste plus qu’à séparer la cause de l’effet.”