Flamme au foyer

Une critique d’Ariel (1965) de Sylvia Plath en forme de prose poétique

Je lis Ariel et découvre Plath en fermant les yeux – la faute du soleil, d’une poussière ou d’un vers.

Soudain, je me vois chez elle, ou plutôt chez lui, ou alors chez eux – peu importe – dans le sombre Devon.

Je vois un feu sur une table – personne ne sait que c’est elle – et un peu d’ironie sur le coin de ce feu.

Je vois les années cinquante et l’angoisse d’être femme et poète – pire : femme de poète.

Je vois des poèmes de cendre qui s’écrivent ici-même – là où brule la table.

C’est qu’il faut dire ces choses – la lune sa pâleur, la mer sa langueur, le père sa mort, l’amour sa mort.

Car le poète s’en va – « s’enfuit comme le cheval » – laissant seule la poète.

Pourtant, bien que cendres, elle est sauve : elle sait pondre ses lumières.

Celles-ci la protègent des tulipes qui la toisent, des abeilles qui menacent, des doubles de tout – donc bien sûr d’elle-même – qui sommeillent mais qui changent quand même tout en pierre.

Entre ces choses, il y a du bleu, il y a du vert, du rose, du rouge – poignard – et des habits funèbres.

On prendrait bien un train pour quitter ces couleurs et retrouver l’air, mais c’est encore si loin et, de toute façon, on ne voit pas vraiment « où cela peut mener« .

“Veux-tu un cadeau pour calmer ta nausée ?

_ Un couteau alors, et bien aiguisé. « Je suis trop pure pour toi » – plus pure que l’acier. Comme le feu, je m’élève car l’amer est poison mais l’amer est vapeur, moteur, ascension. Je suis Lazare, Lazare, Lazare, « the pure gold baby« . Maintenant laisse-moi – il faut que je hurle.”

Et de ce hurlement, sortirent des cicatrices. Sylvia était verticale : c’était la première fois – première résurrection.

“Et quand je suis debout, les planètes en flocons ne sont plus « nulle part » – elles sont enfin autour. Et la lune, et la lune, elle peut toujours crier ; peu m’importe, cette nuit « un sourire est tombé dans l’herbe » – ce n’était pas le mien, ce n’était même pas moi – un sourire n’est pas moi et je ne suis pas lui – c’était sûrement la cloche – « la cloche funèbre« .

Une seule question désormais : « là-bas, y aura-t-il du feu ? » 

Je me fiche qu’il vienne du ciel ou des enfers, du moment qu’il brûle la mort et la terre.

Où qu’il soit, d’où il vienne, ce feu il est moi car « je suis une vierge de pur acétylène ».”