en fait presque chez soi

avant de commencer, voici la photo-totem de tout ce qui va suivre :

*

je ne sais pas m’occuper de moi-même.

chaque jour où je mange quelque chose de sensé est un jour de victoire.

aujourd’hui : presque gagné.

*

il y a des bruits de voitures à l’intérieur des nuages.

*

comme l’odeur d’un verre cassé.

*

je veux coller. me coller à nouveau. je ne trouve plus de matière. peut-être qu’il est temps de s’attaquer à ma peau.

peut-être : commencer par les ongles.

*

et si j’étais une cheminée.

ou autre chose que le fait de rêver que mes proches m’annoncent qu’ils vont mourir ou qu’ils sont déjà morts.

*

c’est étrange : tu m’assures de mon visage en m’en dépossédant.

Bataille dit : l’érotisme est l’approbation de la vie jusque dans la mort.

et une fille sur un forum demande : est-ce raisonnable de retourner avec mon ex alors qu’il m’a frappée.

tout le monde dit non. mais la fille négocie : il dit qu’il a changé.

la frontière est faible entre l’érotisme et la violence. mais la frontière est importante.

est-ce que Bataille le dit ?

*

c’est samedi et il fait beau.

ici le soleil dépasse les aiguilles seulement à partir de midi et à partir de 16h on peut déjà dire bonne soirée et bonne obscurité.

en fait, il fait souvent beau, mais peu.

ça me ressemble bien.

de la lumière mais à faible quantité.

*

je marche et soudain une pensée m’interpelle : tous les noms dans la neige, à qui ils appartiennent ?

*

une journée à rien. où deux questions s’agitent :

1/ aurai-je un jour ma vie en mains ?

2/ suis-je une Manic Pixie Dream Girl ?

*

je me sens chez moi ici.

ici ce peut être le bleu du ciel après un plafond bas, les ondes de l’Arve à travers le froid ou la vue d’un jeune cerf en rentrant de soirée.

*

aujourd’hui était l’une de ces rares journées où vivre était sympa. où si Éva Bester m’avait demandé si j’étais contente d’être venue au monde j’aurais répondu « oui », sans rien d’autre ajouter.

puis vient toujours le soir et comme dans un rêve si cette question m’était posée aucun son ne pourrait sortir de ma bouche, malgré tous mes efforts.

*

c’est quand il fait beau que ça va.

je me sens chez moi ici mais surtout au soleil.

d’où le problème la nuit.

*

pour m’endormir contre la solitude je mets de la musique. je mets des chants très lents, tellement lents, du field recording mais comme à travers un vitrail. presque : du ciel recording. je mets des morceaux qui s’étirent à l’infini. je mets du son pour permettre au silence de s’installer sans me laisser penser au fait qu’on flotte dans du vide.

*

le centre d’un trou noir s’appelle la singularité.

« la singularité est le point infinitésimal où est concentrée toute la matière de l’étoile. autour de la singularité se trouve une région de l’espace où rien ne peut échapper à sa gravité, pas même la lumière. »

c’est par sa singularité que le trou noir s’effondre. c’est la cause du problème.

*

j’ai parfois l’impression d’habiter dans un rêve. heureusement dans le rêve d’un autre.

*

il parle au téléphone à sa grand-mère, il est en haut-parleur. je me mords mais pas assez car très vite je pleurs un peu.

quelques jours après au travail 2, je tombe sur un bon de commande (le travail 2 est une librairie) où je reconnais l’écriture tremblante des personnages âgées. failli pleurer encore.

toujours au travail 2, reçu l’appel d’une grand-mère nous remerciant pour l’envoi de deux carnets de coloriage comme elle l’avait demandé par courrier (normalement seul un carnet est envoyé). ses deux petits enfants en auront un chacun. elle s’en réjouit d’avance. j’ai mordu mes joues.

un ami me demande : « tu penses que tu pleureras en t’écoutant quand tu seras âgée ? ».

envie de lui répondre : certains jours je suis tellement âgée que je ne suis même pas l’odeur d’un verre cassé mais son silence gêné une fois qu’il s’est cassé. certains jours je suis tellement âgée que j’en pleure déjà.

mais pourrait-il comprendre ?

je pense qu’il comprendrait.

*

matins d’hiver.

alors que décembre est là depuis seulement quelques jours, souvent en ce moment, la température ne dépasse pas zéro de toute la journée.

quand je décide que c’est férié, je me réveille, me fais un café et me remet au lit avec un livre et mon café.

rarement connu de plus grand bonheur que celui-ci.

lu dans ce contexte Modern Love et L’Année de la pensée magique.

*

a bien y réfléchir je sais qu’il y a des chances que je sois une manic pixie dream girl, peut-être le dream en moins.

je crois qu’ils voient en moi la clé à leurs problèmes et un côté fancy même dans mon désespoir.

*

*

« C’est quoi sérieux? Je capte pas ces trucs. C’est un chat d’apprentis poètes écorchés vifs ? »

non.

c’est l’un des poèmes d’un début possible de nouvelle série poétique. sur le site, je l’ai appelée copié-collage.

ce n’est ni ma peau ni mes ongles. ce sont des discussions volées dans la rubrique « relations amoureuses » du forum de doctissimo. je conserve le titre du « topic » et le nom des postants.

ça fait vraiment des mois que je n’ai pas été aussi stimulée par le fait de coller.

ça reprend mes questions. ça nourrit ma recherche.

je suis vraiment heureuse comme s’il faisait beau.

*

des jours que tout ça attend de prendre forme dans mon téléphone.

je prends mon petit-déjeuner debout.

le beurre a le goût de l’usure.

peut-être : la mienne.

un petit-déjeuner est quelque chose de sensé.

ce soir le soleil se couchera à 16:48 et la neige ne se couchera pas avant moi.

ce soir je mettrai des morceaux de vitraux sur ma peur de l’espace mais j’aurai au moins la satisfaction d’avoir jeté les poubelles de ma tête dans un tout autre espace : internet.

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