sur instagram, certains comptes demandent en début de vidéo que l’on regarde leur vidéo en accéléré pour que leur vidéo soit visionnée en entier et ainsi être mieux considérés par l’algorithme. je m’imagine transposer cette demande pour l’un de mes recueils de poèmes : qu’on le lise en accéléré, pour qu’il soit lu en entier - être ainsi mieux considérée par le marché. bienvenue dans aujourd’hui, tout va très vite mais visiblement ce n’est pas encore assez.
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des fantômes, Empédocle et le pyrocène
pour la première fois, j’ai écrit la majorité de cette note sur un carnet. les recopier est une petite épreuve au milieu d’une très grande fatigue, mais je me persuade que je dois plus que jamais garder ce fil avec le journal. tout ce qui est raconté dans cette note, et peut-être déjà dans la précédente, peut se résumer par ce vers de Tout se tient de Stéphane Bouquet : “Le temps futur n’est plus le temps d’après-après-demain mais la somme inverse de ce qui est déjà perdu.”
on se tiendra la main
j’aimerais écrire des choses intelligentes sur les éléments plutôt que des choses moyennes sur des choses intelligentes - c’est-à-dire : sur les idées des autres. nous marchions hier dans les Calanques, il y avait un vent fou, un vent tel qu’il me projetait tout droit en Patagonie. j’y revivais ces terres que je revois si souvent, en marchant qui marchent avec moi, la route parcourue, les sacs lourds et la guitare qui pendait par-dessus. je n’avais jamais été à ce point la version la plus clichée et pourtant la plus aboutie de moi-même.
la vraie vie
parfois les notes naissent d’une question. parfois de lectures qui font naître des idées. parfois, plus rarement, d’une image ou d’un souvenir. cette note est née de son titre. j’ai pensé à l’expression “la vraie vie” et j’ai vu la note se déployer.
plus tardigrade que nageoire dorsale
il y avait tellement de visages dans la gare qu’en regardant la tache de café sur ma main j’y ai vu encore un visage. d’un bout à l’autre du train, les avenirs s’observent mais ne se touchent pas : ces avenirs sont désormais des droites parallèles - nos vies sont désormais des droites parallèles. nous vivons désormais à plusieurs centaines de kilomètres de ce qui aurait pu être un jour : notre vie. et je marche dans ces rues et je remercie le vent d’avoir placé nos jours sous un autre ciel, au soleil.
go Johnny, go, go
aujourd’hui, je m’adonne à une autre forme d’errance. l’année dernière je parcourais les routes, aujourd’hui : les fins sentiers des cimes. le résultat est plus ou moins le même : j’épuise mon corps par l’espace pour repousser l’angoisse. ça fait plusieurs semaines que je navigue au milieu de passions tristes, pulsions - vide. je m’invente des départs que je ne prendrai pas, de temps en temps j’encaisse des coups que je ne comprends pas, et au milieu bien sûr grandit le monstre. sa main est lourde sur mon épaule - il a depuis longtemps vomi mes ailes. sa main est lourde et pourtant je la serre contre moi : qui d’autre que lui pour rester dans ces moments ?
un grand besoin de lumière
de mon attention pour les lignes : une acuité nouvelle, un sens des trajectoires. en donnant à lire l’enfer de la colonisation belge au Congo, Ténèbre de Paul Kawczak déploie la trajectoire destructrice que s’est tracée toute seule l’humanité depuis qu’elle a humé et aimé l’odeur du sang ; qu’elle s’est plue à mutiler les chairs et les territoires.
sol majeur
je me suis dit : si je me baigne dans la rivière ça ira mieux. et je me suis baignée. j’ai senti le froid resserrer mes muscles comme la vie autour de moi. j’ai senti le temps m’oublier et moi oublier le monde. ça allait mieux. alors j’ai décidé d’aller marcher. ça, c’est la bonne nouvelle : j’ai suffisamment récupéré ma cheville foulée pour pouvoir retourner sur les sentiers.
looper sa vie : éloge de la spirale
tout passe, tout change, c’est vrai. mais ce qui l’est aussi, c’est que tout revient, toujours. différemment certes, mais quand même, les choses reviennent. cette certitude m’est arrivée comme ça arrive souvent avec les certitudes, c’est-à-dire, avec une brutalité rassurante. tout se produit à l’intérieur d’une même spirale : nous commençons en son centre et plus nous avançons, plus le rayon s’évase, s’évaste.
par-delà
le plus dur c’est le premier pas. ou tout ce qui y ressemble. même à flanc de falaise. en fait : surtout à flanc de falaise. appuyer fermement sur la pointe de son pied et croire que le reste du corps suivra. s’élancer vers le haut, toujours sur un souffle expiré. alors, j’expire et j’essaie de me dire qu’amorcer cette note peut ressembler à ce geste qui repose pour beaucoup sur le fait d’y croire et surtout d’expirer.