Camille Sova est poète.
elle est née un jour de pleine lune 1995 dans les Landes.
elle vit, colle, écrit et travaille en Haute-Savoie.
elle est l’autrice de deux ouvrages :
La Chambre forêt (Apeiron, 2024) et Les Branches des autres (MF, 2025).
ce site contient un blog, un journal de recherche et un cv littéraire.
*

*
*

l’avenir tout court

sur instagram, certains comptes demandent en début de vidéo que l’on regarde leur vidéo en accéléré pour que leur vidéo soit visionnée en entier et ainsi être mieux considérés par l’algorithme. je m’imagine transposer cette demande pour l’un de mes recueils de poèmes : qu’on le lise en accéléré, pour qu’il soit lu en entier – être ainsi mieux considérée par le marché. bienvenue dans aujourd’hui, tout va très vite mais visiblement ce n’est pas encore assez.

des fantômes, Empédocle et le pyrocène 

pour la première fois, j’ai écrit la majorité de cette note sur un carnet. les recopier est une petite épreuve au milieu d’une très grande fatigue, mais je me persuade que je dois plus que jamais garder ce fil avec le journal. tout ce qui est raconté dans cette note, et peut-être déjà dans la précédente, peut se résumer par ce vers de Tout se tient de Stéphane Bouquet : “Le temps futur n’est plus le temps d’après-après-demain mais la somme inverse de ce qui est déjà perdu.” 

on se tiendra la main

j’aimerais écrire des choses intelligentes sur les éléments plutôt que des choses moyennes sur des choses intelligentes – c’est-à-dire : sur les idées des autres. nous marchions hier dans les Calanques, il y avait un vent fou, un vent tel qu’il me projetait tout droit en Patagonie. j’y revivais ces terres que je revois si souvent, en marchant qui marchent avec moi, la route parcourue, les sacs lourds et la guitare qui pendait par-dessus. je n’avais jamais été à ce point la version la plus clichée et pourtant la plus aboutie de moi-même. 

la vraie vie

parfois les notes naissent d’une question. parfois de lectures qui font naître des idées. parfois, plus rarement, d’une image ou d’un souvenir. cette note est née de son titre. j’ai pensé à l’expression “la vraie vie” et j’ai vu la note se déployer.

plus tardigrade que nageoire dorsale

il y avait tellement de visages dans la gare qu’en regardant la tache de café sur ma main j’y ai vu encore un visage. d’un bout à l’autre du train, les avenirs s’observent mais ne se touchent pas : ces avenirs sont désormais des droites parallèles – nos vies sont désormais des droites parallèles. nous vivons désormais à plusieurs centaines de kilomètres de ce qui aurait pu être un jour : notre vie. et je marche dans ces rues et je remercie le vent d’avoir placé nos jours sous un autre ciel, au soleil. 

go Johnny, go, go

aujourd’hui, je m’adonne à une autre forme d’errance. l’année dernière je parcourais les routes, aujourd’hui : les fins sentiers des cimes. le résultat est plus ou moins le même : j’épuise mon corps par l’espace pour repousser l’angoisse. ça fait plusieurs semaines que je navigue au milieu de passions tristes, pulsions – vide. je m’invente des départs que je ne prendrai pas, de temps en temps j’encaisse des coups que je ne comprends pas, et au milieu bien sûr grandit le monstre. sa main est lourde sur mon épaule – il a depuis longtemps vomi mes ailes. sa main est lourde et pourtant je la serre…

un grand besoin de lumière

de mon attention pour les lignes : une acuité nouvelle, un sens des trajectoires. en donnant à lire l’enfer de la colonisation belge au Congo, Ténèbre de Paul Kawczak déploie la trajectoire destructrice que s’est tracée toute seule l’humanité depuis qu’elle a humé et aimé l’odeur du sang ; qu’elle s’est plue à mutiler les chairs et les territoires. 

sol majeur

je me suis dit : si je me baigne dans la rivière ça ira mieux. et je me suis baignée. j’ai senti le froid resserrer mes muscles comme la vie autour de moi. j’ai senti le temps m’oublier et moi oublier le monde. ça allait mieux. alors j’ai décidé d’aller marcher. ça, c’est la bonne nouvelle : j’ai suffisamment récupéré ma cheville foulée pour pouvoir retourner sur les sentiers. 

looper sa vie : éloge de la spirale

tout passe, tout change, c’est vrai. mais ce qui l’est aussi, c’est que tout revient, toujours. différemment certes, mais quand même, les choses reviennent. cette certitude m’est arrivée comme ça arrive souvent avec les certitudes, c’est-à-dire, avec une brutalité rassurante. tout se produit à l’intérieur d’une même spirale : nous commençons en son centre et plus nous avançons, plus le rayon s’évase, s’évaste.

par-delà

le plus dur c’est le premier pas. ou tout ce qui y ressemble. même à flanc de falaise. en fait : surtout à flanc de falaise. appuyer fermement sur la pointe de son pied et croire que le reste du corps suivra. s’élancer vers le haut, toujours sur un souffle expiré. alors, j’expire et j’essaie de me dire qu’amorcer cette note peut ressembler à ce geste qui repose pour beaucoup sur le fait d’y croire et surtout d’expirer.

mourir en vie, ne pas mourir

c’est un petit bar qui n’a pas d’intérieur mais qu’une terrasse ; il est à l’extrémité d’un parking, à côté du chemin de fer qui monte au Montenvers. la vue sur les aiguilles et le massif est dégagée, magnifique. et le soleil, même s’il disparaît derrière les sommets vers 17h, y frappe plus longtemps qu’ailleurs. avec la bande, tous les dimanches on s’y retrouve. il fait souvent moins de zéro mais on l’oublie en quelques verres. on est ensemble, on danse sur des vinyles de dub et de reggae, on est censé faire que passer mais on finit généralement par rentrer…

la trilogie du moi ou décollage : état des lieux 

l’autre fois, j’annonçais la fin des notes adressées. la fin du livre de l’amour. et la fin d’une histoire. il est donc désormais l’heure, très logiquement, du début d’autres choses. voici l’une d’elles : le début d’un nouveau projet d’écriture. 

tout à part demain : histoire d’une double fin

j’écrivais dans la précédente note : « c’est précaire, c’est fragile, c’est compliqué, et ça paraît si souvent absurde, mais c’est cet amour que j’ai choisi, ce chemin où nous sommes si souvent tentés de sauter dans la mer plutôt que de continuer à marcher dans le sable. ». c’était il y a moins d’un mois et depuis tu as décidé d’arrêter de marcher dans la sable et tu n’as pas seulement sauté dans la mer, non, tu m’y as jetée aussi, au milieu des rouleaux, le diaphragme coincé et du sel plein l’espoir. c’est fini. c’est comme ça. 

comment supporter un miroir

nous allons nous retrouver dans deux jours et c’est comme si cette seule perspective me permettrait de me lancer dans l’écriture de cette note qui traine pourtant depuis plusieurs semaines dans ma tête. nous allons nous retrouver, peut-être pour décider de ne plus nous retrouver après, et étrangement même cette perspective m’apaise. 

le fleuve pollué

une séquence de télé-réalité fait parler d’elle. c’est un extrait de La Villa des cœurs brisés, une émission où les candidat-es sont accompagné-es par une thérapeute, par le biais de coachings en groupe et en privé, pour se reconstruire affectivement. dans cet extrait, un participant demande à une participante s’il peut l’embrasser. celle-ci refuse, dit avoir besoin de temps. il répond : « pas de problèmes, c’est ok ». on pourrait croire que ça en restera là, mais sur les réseaux sociaux, les gens aboient. ça ne va pas en rester là.

une histoire de chaleur

ma tristesse est liée à la chaleur. ou plutôt : à l’absence de chaleur. je répète inlassablement les mêmes choses. je tourne toujours autour des mêmes obsessions. quand je suis triste, je deviens une enfant qui pleure, et qui, si personne ne s’en enquiert, qui meurt de froid. comme : la petite fille aux allumettes. 

dans le rodéo, je suis le taureau

comme d’habitude depuis longtemps, la vie va entre très vite et très lentement. et j’en arrive au point où je rêve d’être vendeuse dans un magasin de stores. cette phrase a à voir avec le temps. le temps de ma vie et le temps qu’il fait.

le complexe d’Orphée ou Sex and the City

ce week-end, j’ai écrit une phrase en vue d’en faire un poème. elle nommait ce complexe. elle disait : « Orphée malgré moi, je suis de celles qui toujours se retournent ». 

ça va pas mieux

en ce moment je me réveille en pensant au moment où je vais retourner me coucher – je me lève à 11h. ma vie ressemble à une aire d’autoroute sur laquelle descendent distrait.es les passager.es d’un flixbus bondé – achetant un redbull, un sandwich, 13€ s’il vous plaît, mon budget journalier. je n’ai jamais eu aussi peu les moyens d’aller voir un.e psy. est-ce que ça ne serait pas le moment idéal pour reprendre mes notes-thérapie ?

comme des oiseaux

hier soir, j’ai parlé à un gars de ma lecture d’Habiter en oiseau de Vinciane Despret. j’ai commencé en disant : « Vinciane Despret dit que chez les oiseaux le territoire peut être vu comme un caractère sexuel externalisé, c’est-à-dire comme une extension de leur propre corps. c’est par le territoire que les mâles séduisent les femelles. ». 

cry me a river

« la nuit nous offre tout à part demain », dit un vers que j’ai collé hier. tout à part demain. je peux tout donner sauf du possible. c’est ça que ça veut dire.

titre

certains jours je suis coincée dans un album de Fennesz. littéralement.

en moins : un mois et deux chevilles

ça fait un mois que j’accumule des notes et des idées pour divaguer sur l’intelligence artificielle, sur la possibilité que notre vie serait une simulation, sur toute cette flopée d’idées qui va du Boson de Higgs au Paradoxe de Fermi. ça fait un mois et rien ne vient.

les poètes sont des touristes comme les autres

j’ai commencé cette note à l’aller dans l’avion. il y a 17 jours j’écrivais : « si je me concentre une seule seconde sur l’idée que je me trouve actuellement dans les airs en plein milieu de l’Atlantique, j’ai du mal à réprimer mon envie de hurler. je me sens animale dans ces moments. animale terrestre qui ne comprend pas ce qu’elle fait à 10 000 mètres par dessus la mer. plus qu’un peu plus de trois heures. courage Camille, courage Camille. ». on est désormais 17 jours plus tard et j’attends mon vol retour dans lequel je vais probablement me répéter…

ciao bye bye

je pensais finir cette note dans le jardin mais je vais vraisemblablement la finir dans l’avion. je préfère prévenir : elle risque d’être longue. je le redis : tout ça s’appelle thérapie parce que je n’avais plus de quoi m’en payer une.

partir ou le parasite sacré

je rencontre des gens qui construisent des maisons. les gens qui construisent des maisons trouvent ça normal de construire des maisons mais moi je trouve ça fascinant. j’ai du mal à m’imaginer construire une maison quand même l’architecture de mes textes est bancale. est-ce que quelqu’un qui construit des maisons peut trouver que construire un poème est un fait fascinant ? cette question veut dire : combien pèse un poème face à une maison ? je regarde mes mains incapables de construire quoi que ce soit, pense aux khmers, les imagine coupées quand soudain : « et toi tu fais quoi dans la vie ? ».

would you rather be a fish ?

avant toute chose, petit disclaimer : cette note sera la dernière à être aussi personnelle et à être aussi adressée (ça vaut pour la deuxième partie). enfin, j’espère. j’y crois à moitié quand je le dis. mais je vais essayer. au milieu, pour contrebalancer mon étalage de moi, il y aura Paterson de Jim Jarmusch et Paterson de William Carlos Williams. en miroir et en guise d’appui à un semblant de réflexion. les citations viennent donc du second. histoire de me dire qu’il ne s’agit pas que de moi. mais aussi de poésie. 

*