plein de choses

ça veut dire : un entretien avec Nathanaëlle Quoirez pour Poétisthme, la poursuite de différents projets, deux publications dans deux revues, un peu de lecture, un peu de musique, et quelques méditations entre tout ça.

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un entretien avec Nathanaëlle Quoirez pour Poétisthme

alerté par un post instagram dans lequel je disais beaucoup de bien d’un livret de huit poèmes écrit par Nathanaëlle Quoirez et édité par Manon Thiery (et accompagné des dessins de cette dernière), loan diaz, éditeur de la revue, devenue association et maison d’édition, Poétisthme, m’a proposé de poser quelques questions à Nathanaëlle sur la et sa poésie et d’en faire paraître le résultat dans Les Carnets de l’Isthmographe, véritable “observatoire des poétiques du lien”, qui proposent, à chaque numéro de découvrir la vision et la pratique d’un artiste. 

c’est désormais chose faite. vous pouvez découvrir cet entretien sur le site de Poétisthme, rubrique les Carnets de l’Isthmographe. on y parle du corps, de l’inspiration, de l’adresse, du bricolage. l’entretien est accompagné par une sélection de poèmes de Nathanaëlle.

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pendant que j’y suis avec Poétisthme, un livre est sorti récemment. il s’agit de La Mise à sac de Joe Bandini. loan, qui l’a traduit, évoque dans sa préface, au sujet du recueil, la fragmentation d’un soleil, quelque chose qui s’auto-détruit mais continue à rayonner. je n’aurai pas mieux à dire. lisez ce livre. il est possible de le commander sur le site de la revue-édition-association ou de l’obtenir gratuitement en téléchargeant la version pixels, toujours sur le site. 

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l’avancée des projets en cours

les saisons – suite et fin

à part ça, j’ai officiellement fini les dix poèmes qui composent le quatrième volet de mes saisons ; il s’agit du livret hivernal, qui s’appellera, quelque chose de froid. il ne me reste plus qu’à éditer les reproductions des collages, à faire la maquette, à tisser les recueils, et ça sera prêt pour l’envoi. il y est question de l’inéternel retour des cheveux abîmes, de truffes appelées Atlantis, du silence des oiseaux, du nouvel an, de noël, de la saint-valentin, de l’humidité et des JO d’hiver. bref, il est bien. plus que quelques poèmes (toujours à partir du même matériau) et on pourra appeler ça un presque-livre en attendant qu’une maison d’édition en fasse un vrai-livre.


en attendant, voici l’un des poèmes de ce nouveau recueil :

« il n’y a plus de pigments mais des tonalités

si l’inertie est sortie de sa cage
ils ont vu dans sa main la lumière d’une autre lumière 


demande au temps comment vont les saisons l’hiver
comment faire le bon choix de radiateur
comment protéger sa naïveté quand on est une couleur passée


passage

et si tout commençait par là
serait-ce déjà quelque part ? 


je récupère mes cheveux accumulés dans la douche

comme un château de cartes délaissé
ils habitent la dispersion

nul cycle n’ira les chercher pour renaître


serait-ce cela la paix ? »

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sova tv, radio sova : le nouvel empire des médias

parallèlement à cette fin des saisons, toujours soucieuse de tester ma capacité à composer à partir de n’importe quoi, ou plutôt, à partir de rien de trop poétique, je continue sova tv, ce projet consistant à composer un poème-croquis par semaine à partir du programme télé de la semaine correspondante. 

à côté de ça, je souhaitais aussi travailler sur la mise en voix de mes poèmes. j’en parlais il y a deux ou trois semaines ici. ce projet-croquis s’est présenté comme une occasion en or d’expérimenter la mise en son. alors j’essaie, de temps en temps, de mettre en voix, en son ou en musique, l’un de ces poèmes. j’ai appelé ça radio sova.

je le concède : sova tv, radio sova, ça fait un peu empire médiatique mais j’aime bien. pour une fois en plus, ça donne pas la nausée et ça cherche pas à vous influencer.

le dernier poème que j’ai réalisé pour sova tv se conclut sur un kōan (phrase, ou parfois même anecdote ou fable, paradoxale ou absurde, utilisée dans le bouddhisme zen) que j’aime beaucoup. je le reproduis ci-après :

« la nature la première
se dévoile en forme d’adieu

s’il doit ne rester qu’une impasse
que ce soit une vague »

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deux publications

aussi, dernièrement j’ai reçu un zine et une revue dans lesquels certains de mes poèmes ont été publiés. 

le zine est intitulé Le Festin et présenté par La Chaise jaune, collectif de micro-édition basé à Londres et Lausanne. ce numéro comprend des poèmes, des textes, des illustrations, des peintures, des photographies et toutes sortes d’expérimentations. le poème que j’y publie est extrait de mes histoires au soleil.

pour la publication en revue, il s’agit de Point de chute, plus particulièrement, du troisième numéro. Point de Chute est une revue de poésie qui publie uniquement des inédits. on y trouvera, de mon côté, six collages inédits – regroupés dans une suite appelée némésis – ainsi que des contributions de Sibylle Bolli, Alix Leridon, Sylvain Milliot, Victor Malzac, Eli Desanlis, et deux traductions de Wendy Chen (traduite par Geoffrey Pauly) et Ayat Abou Shmeiss (traduite par Shira Abramovich et Lénaïg Cariou). la série que j’y publie est plus expérimentale, plus brutale que ce que je fais habituellement. c’est la ville et l’atomisation, l’aliénation et un terrain vague. c’était un essai. depuis je suis retournée au végétal. 

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un peu de lecture

en matière de lecture, ces dernières semaines, j’ai essayé d’oublier Solénoïde de Cărtărescu. je me sens toujours pas apte à en parler.

alors parlons d’autres choses.

si on excepte un roman, Dans la forêt de Jean Hegland, une nouvella, Le Tunnel de Sábato et quelques nouvelles de Lovecraft, j’ai surtout lu de la poésie ; 

ça veut dire :

pas mal des haïkus, notamment l’anthologie de Bashō, traduite par Makoto Kemmoku, parue l’année dernière chez Points ; 

Éclipse d’étoile de Nelly Sachs, dont j’ai bien aimé la première partie – Dans la demeure des morts – un peu moins la seconde – Éclipse d’étoile ;

Mariées rebelles de Laura Kasischke, dans lequel j’ai trouvé l’épigraphe que je voudrais faire figurer sur mes Saisons ; 

Extraction de la pierre de folie d’Alejandra Pizarnik dont j’aimerais bien faire une critique collée ; 

Rien du tout, d’Olivia Tapiero, qui est tout, sauf rien du tout, qui est chair du monde et du corps, qui est cri, qui est polyphonie et animal sous-marin ; 

j’ai aussi relu Tomates de septembre de Karina Borowicz, paru chez Cheyne en édition bilingue et traduit par Juliette Mouïren, qui regroupe ses deux premiers recueils, The Bees Are Waiting ainsi que Proof. j’en publie ici deux poèmes, parmi mes préférés du recueil. j’y ai retrouvé tout ce que j’aime en poésie : des animaux, des questions et des fantômes. 

peut-être que ce qui m’a conduit à ces lectures, directement ou non, et au-delà d’un pur soucis de culture littéraire ou d’un fanatisme personnel (je pense à Pizarnik), c’est qu’elles me semblaient toutes avoir un lien, plus ou moins profond, avec le monde. 

or, je trouve que ce lien, loin d’être anecdotique, aujourd’hui se fait rare. 

Alain Jouffroy, dans le texte que j’ai reproduit plus bas, appelle ce lien la poésie vécue ; elle est celle qui résulte d’une expérience ou d’une perception (il parle de l’antériorité de l’expérience sur la parole). pour cela elle peut être ancrée dans son époque (Rien du tout est, en cela, un exemple d’une poésie qui dit le monde sans s’y perdre, qui dit le monde pour mieux le confronter à ses vices, à ses morts, pour mieux s’en protéger, pour ne pas faire que dire pour dire) ou tout simplement interroger notre “énigmatique présence au monde” (sur ce point, c’est surtout la poésie de Karina Borowicz qui est exemplaire).
la poésie engage sa communicabilité dans ce lien avec le monde ; c’est pour ça qu’il est important. pour écrire aussi pour les autres et pas que pour soi.

au-delà d’une position de principe, je trouve que c’est plus sympa de lire des textes qu’on comprend, qui nous parle des choses et du monde, qui nous interroge, plutôt que des suites de mots, enfermées dans le soi qui les produit. bien sûr, la poésie ne doit pas être plate comme une liste de courses et doit cultiver son mystère. mais elle doit aussi se faire monde. aller aux racines (même si rhizomatiques). donner à lire des espaces mentaux. poser des questions encore et encore. refléter la soif de savoir et surtout la faim d’être de la personne derrière le stylo, le clavier ou l’écran (et qui sait, bientôt le cerveau).  j’aime beaucoup l’expression qu’emploie Nathanaëlle dans son entretien lorsqu’elle dit écrire pour chercher à « résoudre la Grande Énigme ». ça me semble aussi être ça la poésie vécue. 

mais tout est question d’équilibre.

c’est aussi pour ça que j’ai relu le Tao-to-King. j’en ai mis quelques extraits en-dessous. c’était pour réfléchir sur l’équilibre et sur le vide, sur un dire qui pourrait être juste comme un chemin pourrait être la voie. c’est pour ça et aussi parce que j’ai repris Les Portes de la perception d’Aldous Huxley suite à une lecture d’un essai fascinant d’Olivier Chambon, médecin-psychiatre, sur La Médecine psychédélique et l’usage thérapeutique de différents “hallucinogènes”. je vous conseille cet essai. d’ailleurs, pour finir et boucler la boucle, Alain Jouffroy évoque très brièvement dans son Manifeste de la poésie vécue l’influence de la psilocybine (substance psychédélique contenue dans les champignons hallucinogènes) sur son rapport à la poésie. alors peut-être est-ce celui-ci le vrai fil de toutes ces lectures ? le fil-racine d’un champignon magique. 

maintenant voici quelques extraits. il faut cliquer sur les images pour les lire : *

Karina Borowicz, Tomates de septembre

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Alain Jouffroy, Manifeste de la poésie vécue

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Lao-Tseu, Dao de jing ou Tao-to-King ou Livre de la Voie et de la Vertu

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un peu de musique

tout autre chose maintenant : je suis un peu obsessionnelle avec la musique et parfois, plus particulièrement avec certains morceaux. rien d’original. mais je me suis dit que ce serait cool de partager ici quelques-uns des morceaux que j’ai pu faire tourner en boucle ces dernières semaines.
au lycée, j’avais créé un blog musical. je trouvais ça bien de partager de la musique. alors, voilà, en souvenir du bon vieux temps, et pour donner forme à ma régression perpétuelle vers l’adolescence, voici quelques liens vers quelques morceaux que j’ai découverts ou aimés dernièrement. 

il y avait aussi Ei Dvipa de Merope, The Orchids de Psychic TV, pokka pokka de Fishmans, I can’t live in this world anymore de His name is alive, Good fortune de PJ Harvey, Tears are in your eyes de Yo la Tengo, et Hommage to a friendship de The Zenmenn – mais les liens intégrés ne marchaient pas pour ceux-là.

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et le reste

pour finir sur quelques évidences-vérités, bien sûr, j’ai fait des choses moins glorieuses ces dernières semaines, comme par exemple regarder les deux saisons de The Witcher, démarrer une nouvelle partie de Pokémon – cette fois version alpha saphir – m’énerver à propos du monde, traîner, déprimer, enchainer des vidéos inutiles sur Youtube, envoyer des selfies pourris à mes amis, penser au sens de la vie le jour et à la folie de la mort la nuit, et surtout, scroller beaucoup trop longtemps sur mon téléphone.

en image, ça donnerait ça :

enfin, à part ça, je vais bientôt déménager. c’est la quatrième fois en un an et demi (et la onzième en huit ans). mais c’est toujours pour le mieux. et puis, et ça c’est plus étonnant, je vais re-travailler.
voilà, c’est la fin de ce post étrange, où il y a à boire et à manger.

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alors à bientôt pour des nouvelles nourritures.

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