du vide au dehors : big 2022 dialectique

en cette fin d’année je réalise que peu à peu je laisse l’extérieur me transformer. 

je laisse le dehors entrer dedans : je laisse ouvert. 

je suis une porte dont je n’ai jamais eu la clé.

pour être en vie, il suffisait d’arrêter de la bloquer avec le pied.

les espaces me transforment. je les laisse faire. 

souvenir d’un poème collé il y a plusieurs mois qui disait :
« tout centre se forme au contact de l’espace qu’il traverse ». 

mes poèmes m’anticipent. 

quand je colle, ce n’est pas de la poésie mais de la divination. 

je ne crée rien : les mots divinent pour moi.

*

le jour où je perdrai les heures miroirs. 

ce jour là. mais je préfère ne pas y penser. il faudra sûrement ne pas bouger et attendre que ça vienne. 

comme quand le soleil refusait de se lever après la rave dans les bois. 

*

pour se laisser transformer par l’extérieur, il faut beaucoup de temps.

le changement est lent. il opère au rythme des os. il fait sa place par craquements. 

*

si tu étais doté de langage tu dirais : j’apprends à vivre autrement. le temps n’a plus la même durée. le temps n’a plus d’oreilles pour m’entendre. tu dirais. mais tu n’es pas doté de langage, tu gardes tout à l’intérieur. sur ta porte, tu as laissé ton pied. 

*

*

je poste ma photo d’identité sur Instagram. 

ça en a inquiété. 

à quoi d’autre je m’attendais ? 

juste avant la photo, j’avais cru perdre mon écharpe. quand le serveur avait dit : « non désolée on a rien trouvé », j’avais failli pleurer. 

en ce moment, je suis fatiguée. 

quand je suis rentrée chez moi, j’ai trouvé l’écharpe suspendue à sa place. 

en ce moment, je suis fatiguée. 

*

il y a des gens qui s’espacent mais reviennent inchangés. 

je ne veux pas être eux. 

c’est beaucoup de carbone pour rien d’ouverture. 

*

peut-être que je laisse le dehors me fatiguer. peut-être que c’est pour mon bien. peut-être que c’est aussi pour pouvoir manger. 

*

qu’est ce que ça veut dire « s’écouter » sinon rester fermé ? 

je repense souvent à cette phrase de Gide. 

« si la chenille cherchait à se connaître elle ne deviendrait jamais papillon. » 

à quelques mots près. 

j’apprends à être le chemin qui va de la chenille jusqu’au papillon. je ne veux ni de l’un ni de l’autre. mais je cherche à me être l’écart entre les deux. 

c’est ce que le dehors fait de moi. 

un écart de moi à moi. 

*

j’ai trahi le tapis. 

c’était pour laisser la neige me brûler les pieds. 

j’ai trahi l’intérieur. 

j’ai trahi. 

mais depuis ça va mieux. 

j’ai éventré le tapis et dedans il y avait le monde et l’espace tout entier. 

*

je ne pensais pas que ça arriverait mais je me suis habituée à une certaine forme de beauté. 

*

j’ai des rides sous les yeux.

je crois que comme le dehors, je suis prête à laisser le temps entrer et me transformer. 

je crois que je change beaucoup. 

de moi à moi, quelque chose est en train de bouger. quelque chose s’installe au rythme des os. quelque chose ou plutôt quelqu’une : moi qui vient d’un ancien moi. 

en attendant malgré eux, on me donne toujours 22/23 ans.

*

lu dans Fiévreuses plébéiennes d’Elodie Petit l’idée que les poète(sses)s hétéros passaient leur temps à infuser dans leur texte leur frustration vis-à-vis des hommes et ainsi laissaient être encore et toujours les dominations masculines.

pas si faux. faire quelque chose de cette information. 

pensé aux analyses faisant de l’amitié entre deux femmes hétéros un sas de décompression qui leur permettrait de supporter leur relation de couple et donc maintiendrait tel quel le couple et toutes les logiques perverses qui s’y déploient.

mes lectures de forum me confirment ce que je savais déjà : il y a beaucoup de souffrances dans l’expérience de l’amour, peut-être plus dans l’amour hétéro. 

faire quelque chose de ce constat. ne pas s’arrêter là. transformer. inventer une langue qui invente de nouveaux rapports. qui ne soit pas un parlé-frustration. 

qui ne soit pas : 

mais plutôt : 

*

la bouche reproduit mais la langue invente. 

*

repensé à l’analyse de Stiegler sur Nietzsche, la modernité, l’incorporation et la digestion.

avec la modernité, le corps n’a plus le temps.

mais alors : quid de la langue ? elle, a t-elle le temps ?

*

on devrait pouvoir faire une autopsie des cernes. 

déterminer ce qui a causé le creux. 

l’email ou la soirée de trop ? 

il faudrait découper la peau. 

je suis tellement fatiguée qu’en conduisant je sentais mes yeux rouler sous mes joues, se glisser à l’intérieur pour partir par la gorge. je les ai rattrapés de peu avant l’orage. 

*

« je suis bien arrivée. »

j’aurais dû ajouter : et l’odeur des feuilles de chênes m’emplît tout entière.

*

« Celui qui regarde un miroir, celui qui parvient à le voir, vient se voir soi-même, celui qui comprend que sa profondeur à lui consiste à être vide, celui qui chemine vers l’intérieur de son espace transparent sans y laisser le vestige de sa propre image – alors celui-là a perçu son mystère de chose. » 

*

à l’intérieur du cœur c’est comme un enfant sous une table qui chuchote « pardon pardon pardon » les mains sur les oreilles et le cœur à l’intérieur de lui-même et au cœur du cœur encore un enfant encore sous une table qui chuchote encore à lui-même « pardon pour les mains sur toutes mes oreilles ». 

*

les meilleures phrases sans doute sont celles que j’écris dans ma tête et que le sommeil emporte car je n’ai pas la force de les noter quelque part. elles inondent les rêves. les meilleures phrases sont celles que je n’écris pas. 

*

repensé à cette phrase de Jankélévitch : « faire tenir le maximum d’amour dans le minimum d’être et de volume ».

être un fantôme de la même manière. disparaître mais pas ne plus être. simplement remplir l’intérieur avec autre chose que de l’être. 

*

« l’instant prochain est-il fait pour moi ?« 

*

je ne sais pas sur quoi conclure. 

ça allait et puis ça ne va plus. 

je vais faire un poème. 

peut-être que ça ira mieux. 

*

comme si c’était aussi facile. évidemment je n’ai rien écrit. mais ça va mieux. j’ai au moins eu l’idée de le faire. 

*

plus tard, vu dans une vidéo Jankélévitch disant plus ou moins : l’idée de la possibilité du bonheur est déjà un début de bonheur. 

les idées comme les mots m’anticipent.

*

je m’accroche à mon téléphone comme si de lui pouvait venir la réponse au vide. 

mais il faut sortir. mais il ne peut que dehors. 

*

« Le salut alors c’est d’écrire distraitement »

et plus loin :

« Mon seul salut est la joie« 

plus ou moins la même chose.

*

je repense au dehors à toutes les choses qui existent à l’extérieur de moi. 

c’est doux de me dire qu’il existe un endroit qui ne soit pas douloureux et surtout qui ne soit pas moi.

elle le dit mieux que moi : « C’est si bon que les choses ne dépendent pas de moi. ». 

Lispector est une réponse à Pessoa.

est-ce une question linguistique ?

*

« est ce que mes pieds ils sont vivants ? 
_ oui. 
_ mais ils ont pas de narines…
_ c’est vrai. »

*

demain je retrouverai mon dehors. 

est-ce qu’un dehors qu’on domestique est toujours un dehors pour de vrai ?

la boucle sera bouclée et j’espère que tout ira mieux. 

tout ou seulement moi. 

ce qui est déjà beaucoup. pour moi en tout cas. 

*

toute cette année aura été comme un livre de Lispector. comme Agua Viva ou La Passion selon G.H. : on commence avec du vide et on essaie d’en faire son salut.

toute cette année aura été comme le dernier album de Jacques : comment faire de l’esprit avec ce qui ressemblait au départ à un mauvais trip.

toute une année à digérer Solénoïde

toute une année à digérer le son d’un trou noir. 

toute une année à ne plus être un pied sur la porte.

toute une année pour comprendre que quoi qu’il se passe, il restera le dehors. 

tout une année pour me rappeler d’un mot qui sera je l’espère celui de l’année qui vient : l’Ouvert – avec une majuscule.  

*

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