par-delà

le plus dur c’est le premier pas. ou tout ce qui y ressemble. même à flanc de falaise. en fait : surtout à flanc de falaise. appuyer fermement sur la pointe de son pied et croire que le reste du corps suivra. s’élancer vers le haut, toujours sur un souffle expiré.

alors, j’expire et j’essaie de me dire qu’amorcer cette note peut ressembler à ce geste qui repose pour beaucoup sur le fait d’y croire et surtout d’expirer.

*

je relis rapidement ma note du mois passé. elle me semble étrangement à des années lumières d’aujourd’hui.

quelque chose pourtant, au loin, ou plutôt, du loin, résonne : l’idée selon laquelle la destination est un mouvement et non un lieu.

*

c’est en lisant Communion de bell hooks, que j’ai réussi à enfin me mettre à écrire cette note.

si j’ai tardé, c’est aussi parce qu’il y a plusieurs choses que j’ai envie d’aborder mais que je n’ai ni le temps ni l’énergie, en ce moment, de m’y consacrer.


alors, une nouvelle fois j’expire et j’essaie de me dire que la seule chose qui importe c’est d’y croire et que si j’échoue en chemin, eh bien quoi ?

rien.

rien qu’une petite chute.

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bref, toute cette histoire de destination-mouvement dont je parlais la dernière fois, fait écho aujourd’hui avec ce que dit bell hooks de l’amour dans Communion : l’amour y est dépeint comme un point de départ, et non comme une ligne d’arrivée. il est vu comme ce qui permet d’amorcer la conquête de sa liberté, bien plus que comme un état d’achèvement, incarné par exemple dans une relation amoureuse.

pour le dire plus simplement, avec cette vision, trouver l’amour ce n’est jamais trouver quelqu’un-e à aimer / qui nous aime, mais toujours commencer à se regarder soi, avec amour.

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dans un passage où bell hooks évoque les contradictions qu’elle éprouvait étudiante entre ses velléités d’indépendance et la recherche inconsciente d’un conformisme relationnel, elle écrit :

« j’avais le courage de me débattre, mais pas de me détacher ».

autrement dit : de questionner ses relations à l’aune de ses valeurs mais pas d‘arrêter de s’y soumettre.

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j’aimerais me dire qu’aujourd’hui moi aussi j’ai le courage de me détacher et plus seulement de me débattre.

mais de quoi au juste ?

de quoi suis-je vraiment capable de me détacher ?

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récemment, j’ai aussi relu Les Argonautes de Maggie Nelson.

et là aussi, une phrase : « Je sens que je peux tout te donner sans me perdre moi-même ».

et toujours le même espoir : c’est là où j’en suis aujourd’hui.

même si, toujours en creux, la même question : est-ce vraiment le cas ?

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j’ai aussi lu récemment Un carré de poussière, le nouveau recueil d’Olivia Tapiero. mais c’est vers Rien du tout que je suis retournée chercher un semblant de réponse.

j’ai beaucoup aimé Un carré de poussière mais Rien du tout m’apparaissait plus adapté pour m’aider à méditer sur la dépendance, et sur ce qui me semble l’initier, en tout cas chez moi : ce trou à l’intérieur qui ne pense qu’à avaler ce qui l’entoure, de façon compulsive, chercher à se remplir pour oublier la béance originelle.

c’est pour ça Rien du tout. car je m’en souviens comme d’un recueil placé sous le signe de la cavité, du trou noir, de l’oursin et du manque.


ainsi son ouverture : « L’orifice premier s’ouvre au monde : œil, fleur, cri. L’anémone de mer, la valve du cœur. Une faille de lumière dans le vide galactique. ».

je relis les poèmes dont j’avais corné les pages jusqu’à tomber sur un extrait de celui-ci, en me demandant comment j’ai pu le laisser là, au milieu des pages cornées, l’air de rien, alors qu’il contient tout ce que j’ai l’impression d’avoir cherché à dire, de notes en notes, depuis des mois.

le voici.

prenez le temps de le lire.

« La séparation des corps est une blessure première qui est une condition de survie. Je reviens à toi, presse ma paume contre la tienne, comme pour confirmer une distance infranchissable. J’ôte les couches, parviens à la brisure qui nous traverse, celle qui marque la terre que je quitte, les manques à partir desquels j’apprends à aimer. Nous sommes des vies empruntées à des torrents qui nous débordent et si je m’approche de toi, c’est pour rejouer cette séparation qui est la preuve de toute vie. Je cherche le moment sacré où l’être déchire la membrane qui le protégeait du monde, celui où les cellules s’arrachent les unes aux autres. Quitte à devenir ta maladie auto-immunitaire, ton parasite en symbiose : un ravage sur mesure, plus dangereux encore qu’un corps étranger. J’arrive à ma monstruosité. Je n’attends plus que tu me reconnaisses. ».

“je n’attends plus que tu me reconnaisses”.

non, cette fois c’est sûr, ce n’est pas là où j’en suis.

et pourtant, il y a là comme un chemin.

accepter la frontière entre moi et le monde, entre moi et l’autre. et pourtant sans cesse vouloir la franchir, l’annihiler.

se reconnaître dans ce geste.

ne plus attendre que tu me reconnaisses.

*

dans Les Argonautes, Maggie Nelson dialogue avec différents travaux.

par exemple avec On Kindness d’Adam Philips et de Barbara Taylor, dont un extrait retient mon attention.

il dit :

« Un soi sans attachements compatissants relève de la fiction ou de la démence. [Pourtant] la dépendance est méprisée, même dans les relations intimes, comme si elle était incompatible avec l’autonomie, alors qu’elle est la seule chose qui la rend possible. ».

*

il est difficile de se reconnaître dans un geste qui nous excède. qui contredit les limites de notre autonomie.

Maggie Nelson dans un autre passage fait référence aux travaux de Kaja Silverman relatifs à la stratégie déployée par l’enfant lorsqu’il découvre la relativité de la protection de sa mère :

« Selon Kaja Silverman, dès que l’enfant reconnaît que la mère ne peut pas le protéger de tout le mal, que son lait – littéralement ou métaphoriquement – ne règle pas tous les problèmes, il recourt à un dieu paternel. Comme la mère humaine se révèle être une entité séparée, finie, elle le déçoit profondément. Dans sa colère face à la finitude maternelle, l’enfant se tourne vers un patriarche tout-puissant – Dieu – qui, par définition, ne laisse jamais tomber personne. ».

à ce propos, Kaja Silverman écrit :

« La tâche incroyablement difficile impartie à la première personne à prendre soin de l’enfant par la culture, mais aussi simplement par le fait d’Être, est de le guider vers la relationalité en lui répétant encore et encore, d’une multitude de façons, ce que la mort en viendrait autrement à lui apprendre: ‘C’est là que tu finis et que les autres commencent.’ Malheureusement, cette leçon ‘prend’ rarement et coûte généralement beaucoup à la mère qui la donne. La plupart des enfants répondent à la satisfaction partielle de leurs demandes par une colère extrême, une colère qui s’enracine dans la croyance que la mère retient quelque chose qu’il serait en son pouvoir de prodiguer. ».

je repense à mes recherches des deux dernières années et aux poèmes qui en résultent et qui composent tout à part demain, ce qui m’est apparu comme mon recueil « de l’amour ».

et d’un côté comme de l’autre, sans qu’ils parlent directement de ça, ces deux passages me renvoient à la façon dont le mythe hétéro-patriarcal a fait de la figure de l’amoureux ce Dieu tout-puissant censé tout nous donner et surtout, de tout nous sauver.

c’est à lui que revient la mission de pallier “la blessure première”, le manque originel qui est en fait, je le découvre aujourd’hui, une colère déguisée, dirigée contre la mère, cette mère humaine, trop humaine, la première à nous avoir fait éprouver « la séparation des corps ».

*

car oui : « tout commence par la perte des eaux », nous dit Ananda Devi dès le premier vers de Danser sur tes braises, un recueil dédié à sa mère.

elle y parle du travail étrange d’être mère et d’être fille dans un monde – la suite c’est moi qui l’y vois – fait par les pères pour les fils.

la frustration originelle est ici inversée : elle devient celle de la mère qui voit lentement l’enfant s’éloigner, condamné à oublier ces premières années où la mère était tout, ou en tout cas : assez.

tout commence par la perte des eaux, et à partir de là, « chaque instant est un adieu » car « dès la naissance, la vie est une exploration de la perte ».

il n’y a rien à faire contre ça.

rappelez-vous, c’était déjà dans le poème d’Olivia : « Nous sommes des vies empruntées à des torrents qui nous débordent et si je m’approche de toi, c’est pour rejouer cette séparation qui est la preuve de toute vie. ».

*

mais plus j’approche de cette idée, plus je me dis que c’est là qu’il faut faire attention : car de quelle perte parle-t-on, de quelle séparation ?

en tant que femmes, nous avons tellement appris à perdre que nous avons oublié que si la perte était constitutive de l’existence, il y avait aussi des modes d’être qui l’encourageait, qui nous l’y associaient.

il y a la perte et il y a l’impossibilité de gagner.

ces deux choses sont différentes.

toujours dans Danser sur tes braises, Ananda Devi écrit : « vous avez toutes compris que, parfois, les femmes remplissent tous leurs devoirs, sauf ceux qu’elles se doivent à elles-mêmes. ».

*

les devoirs envers soi, c’est-à-dire, d’abord, le devoir de s’aimer, de prendre soin de soi avant de demander tout ça à l’autre, cet autre qui n’est ni Dieu, ni mère, mais si souvent simplement enfant gâté.

bell hooks écrit :

« Le patriarcat fait de l’amour de soi une affaire risquée pour les femmes. Nous gagnons davantage à agir comme de pauvres petites choses dépendantes et en manque d’affection. Une femme qui n’apprend pas en premier lieu à satisfaire son besoin psychologique d’acceptation agira toujours selon ce que lui dicte le manque. Cet état psychologique la rendra vulnérable et la mènera à des relations malsaines. Ce n’est pas sans risque, mais si nous nous aimons, notre sentiment de plénitude et notre assurance grandissante nous permettent de tenir le cap quand nous sommes rejetées ou punies pour avoir refusé de nous conformer aux règles du jeu sexistes.
Les thérapies et les livres de développement personnel ont tendance à nous faire croire que les actes d’amour-propre rendront nos vies meilleures et plus heureuses. II est donc particulièrement déroutant pour nous de nous retrouver face à l’hostilité des autres quand nous choisissons d’apprendre à nous aimer.
».

*

Un carré de poussière d’Olivia Tapiero s’en prend à certaines des origines du mal(e). de cette pensée froide et rationnelle à l’origine de ce « système où une phrase prononcée par un homme quelconque vaudrait toujours plus qu’une chair vivante ».

tout cela n’arrive pas sans rien, ni de nulle part.

il y a des forces qui jouent contre nous et que nous pensons nôtres, et ainsi, que nous faisons nous.

« Accoutumés que nous sommes à notre disparition, nous rejouons les lieux qui nous annihilent, nous retrouvons toujours les mêmes silhouettes sur les murs. ».

*

dans l’un des poèmes de ses Vingt et poèmes d’amour, le septième plus exactement, Adrienne Rich, écrit :

« Et comment ai-je utilisé les rivières, comment ai-je utilisé les guerres
pour éviter d’écrire sur la pire chose au monde –
non pas les crimes des autres, ni même notre propre mort,
mais notre incapacité à vouloir notre liberté avec suffisamment de passion
pour que les ormes contaminés, les rivières malades, les massacres semblent
de simples emblèmes de cette profanation de nous-mêmes ?
».

c’est une autre façon de le dire.

*

cette note s’est détachée de ce qui est censé m’occuper pour mon troisième recueil (le territoire ? les façons d’habiter ? l’exploitation ? la destination ?) mais il faut croire qu’il y a des sujets auquel on revient sans arrêt.

c’est pas grave.

Maggie Nelson conclue les Argonautes ainsi :

« Mais peu importe ce que je suis, ou ce que je suis devenue depuis, je sais maintenant que l’insaisissabilité n’est pas tout. Je sais maintenant que l’art savant de la dérobade a ses propres limites, ses façons d’inhiber certaines formes de plaisir ou de bonheur. Le plaisir de maintenir. Le plaisir de l’insistance, de la persistance. Le plaisir de l’obligation, le plaisir de la dépendance.
Les plaisirs de la dévotion ordinaire. Le plaisir de reconnaître que l’on doit peut-être retraverser les mêmes révélations, prendre les mêmes notes dans la marge, retourner aux mêmes thèmes dans son travail, réapprendre les mêmes vérités émotionnelles, écrire le même livre encore et encore, pas parce qu’on est stupide ou obstinée ou incapable de changement, mais parce que de tels retours composent une vie.
»

*

un poème que j’ai collé avec un numéro du magazine Capital finit sur ces vers :

« je n’ai rien à transmettre
à peine le désir d’espérer encore
une sœur minimale

une présence au-delà de la perte ».

c’était bien sûr avant d’écrire sur tout ça mais comme souvent mes vers m’ont anticipée.

c’est rassurant.

la divination est toujours d’actualité.

et le premier poème de ce troisième recueil a été collé.

il dit l’aliénation et la désolation.

comme un crachat qui me réconcilie avec le sol.

croire au processus.

si on avance pour de vrai, on va vers l’avant dans les deux sens du terme.

pour le dire plus simplement : on s’étend, on se propage.

bien sûr, en mauvaise herbe seulement.

on pullule, sans jamais savoir dans quel sens, ni pour quelle raison.

*

je voulais initialement écrire sur la dépendance parce que ces derniers temps, voilà, beaucoup. mais très vite, je suis retrouvée à écrire sur la mère et à écrire sur l’amour. c’est peut-être une question d’habitude.

je vis cette note comme un échec sans trop savoir pourquoi. comme si je m’attendais à des réponses, ou pire : à une solution. comme si j’avais des choses à dire que je n’avais pas dit. ou en fait, simplement, comme si j’étais face au piège de ces confessions toujours horriblement dialectiques que je déploie ici.

pendant que dans ma vie, toutes les choses reprennent toujours les mêmes places, dans mes notes, je crois que je cherche le moyen de créer un mouvement, quelque chose, n’importe quoi, qui me permette pour une fois d’inventer de nouvelles « silhouettes sur les murs » et par-là de me créer, autre.

comme si j’avais toujours besoin de me quitter.

la dialectique est menteuse, et pourtant, elle suinte de chacun des tiroirs de mon esprit.

c’est peut-être par là qu’il faut commencer.

arrêter de vouloir toujours aller par-delà.

apprendre à demeurer.

même dans ce qui est sale.

« écrire le même livre encore et encore ».

plein de choses

ça veut dire : un entretien avec Nathanaëlle Quoirez pour Poétisthme, la poursuite de différents projets, deux publications dans deux revues, un peu de lecture, un peu de musique, et quelques méditations entre tout ça.

*

un entretien avec Nathanaëlle Quoirez pour Poétisthme

alerté par un post instagram dans lequel je disais beaucoup de bien d’un livret de huit poèmes écrit par Nathanaëlle Quoirez et édité par Manon Thiery (et accompagné des dessins de cette dernière), loan diaz, éditeur de la revue, devenue association et maison d’édition, Poétisthme, m’a proposé de poser quelques questions à Nathanaëlle sur la et sa poésie et d’en faire paraître le résultat dans Les Carnets de l’Isthmographe, véritable “observatoire des poétiques du lien”, qui proposent, à chaque numéro de découvrir la vision et la pratique d’un artiste. 

c’est désormais chose faite. vous pouvez découvrir cet entretien sur le site de Poétisthme, rubrique les Carnets de l’Isthmographe. on y parle du corps, de l’inspiration, de l’adresse, du bricolage. l’entretien est accompagné par une sélection de poèmes de Nathanaëlle.

*

pendant que j’y suis avec Poétisthme, un livre est sorti récemment. il s’agit de La Mise à sac de Joe Bandini. loan, qui l’a traduit, évoque dans sa préface, au sujet du recueil, la fragmentation d’un soleil, quelque chose qui s’auto-détruit mais continue à rayonner. je n’aurai pas mieux à dire. lisez ce livre. il est possible de le commander sur le site de la revue-édition-association ou de l’obtenir gratuitement en téléchargeant la version pixels, toujours sur le site. 

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l’avancée des projets en cours

les saisons – suite et fin

à part ça, j’ai officiellement fini les dix poèmes qui composent le quatrième volet de mes saisons ; il s’agit du livret hivernal, qui s’appellera, quelque chose de froid. il ne me reste plus qu’à éditer les reproductions des collages, à faire la maquette, à tisser les recueils, et ça sera prêt pour l’envoi. il y est question de l’inéternel retour des cheveux abîmes, de truffes appelées Atlantis, du silence des oiseaux, du nouvel an, de noël, de la saint-valentin, de l’humidité et des JO d’hiver. bref, il est bien. plus que quelques poèmes (toujours à partir du même matériau) et on pourra appeler ça un presque-livre en attendant qu’une maison d’édition en fasse un vrai-livre.


en attendant, voici l’un des poèmes de ce nouveau recueil :

« il n’y a plus de pigments mais des tonalités

si l’inertie est sortie de sa cage
ils ont vu dans sa main la lumière d’une autre lumière 


demande au temps comment vont les saisons l’hiver
comment faire le bon choix de radiateur
comment protéger sa naïveté quand on est une couleur passée


passage

et si tout commençait par là
serait-ce déjà quelque part ? 


je récupère mes cheveux accumulés dans la douche

comme un château de cartes délaissé
ils habitent la dispersion

nul cycle n’ira les chercher pour renaître


serait-ce cela la paix ? »

*

sova tv, radio sova : le nouvel empire des médias

parallèlement à cette fin des saisons, toujours soucieuse de tester ma capacité à composer à partir de n’importe quoi, ou plutôt, à partir de rien de trop poétique, je continue sova tv, ce projet consistant à composer un poème-croquis par semaine à partir du programme télé de la semaine correspondante. 

à côté de ça, je souhaitais aussi travailler sur la mise en voix de mes poèmes. j’en parlais il y a deux ou trois semaines ici. ce projet-croquis s’est présenté comme une occasion en or d’expérimenter la mise en son. alors j’essaie, de temps en temps, de mettre en voix, en son ou en musique, l’un de ces poèmes. j’ai appelé ça radio sova.

je le concède : sova tv, radio sova, ça fait un peu empire médiatique mais j’aime bien. pour une fois en plus, ça donne pas la nausée et ça cherche pas à vous influencer.

le dernier poème que j’ai réalisé pour sova tv se conclut sur un kōan (phrase, ou parfois même anecdote ou fable, paradoxale ou absurde, utilisée dans le bouddhisme zen) que j’aime beaucoup. je le reproduis ci-après :

« la nature la première
se dévoile en forme d’adieu

s’il doit ne rester qu’une impasse
que ce soit une vague »

*

deux publications

aussi, dernièrement j’ai reçu un zine et une revue dans lesquels certains de mes poèmes ont été publiés. 

le zine est intitulé Le Festin et présenté par La Chaise jaune, collectif de micro-édition basé à Londres et Lausanne. ce numéro comprend des poèmes, des textes, des illustrations, des peintures, des photographies et toutes sortes d’expérimentations. le poème que j’y publie est extrait de mes histoires au soleil.

pour la publication en revue, il s’agit de Point de chute, plus particulièrement, du troisième numéro. Point de Chute est une revue de poésie qui publie uniquement des inédits. on y trouvera, de mon côté, six collages inédits – regroupés dans une suite appelée némésis – ainsi que des contributions de Sibylle Bolli, Alix Leridon, Sylvain Milliot, Victor Malzac, Eli Desanlis, et deux traductions de Wendy Chen (traduite par Geoffrey Pauly) et Ayat Abou Shmeiss (traduite par Shira Abramovich et Lénaïg Cariou). la série que j’y publie est plus expérimentale, plus brutale que ce que je fais habituellement. c’est la ville et l’atomisation, l’aliénation et un terrain vague. c’était un essai. depuis je suis retournée au végétal. 

*

un peu de lecture

en matière de lecture, ces dernières semaines, j’ai essayé d’oublier Solénoïde de Cărtărescu. je me sens toujours pas apte à en parler.

alors parlons d’autres choses.

si on excepte un roman, Dans la forêt de Jean Hegland, une nouvella, Le Tunnel de Sábato et quelques nouvelles de Lovecraft, j’ai surtout lu de la poésie ; 

ça veut dire :

pas mal des haïkus, notamment l’anthologie de Bashō, traduite par Makoto Kemmoku, parue l’année dernière chez Points ; 

Éclipse d’étoile de Nelly Sachs, dont j’ai bien aimé la première partie – Dans la demeure des morts – un peu moins la seconde – Éclipse d’étoile ;

Mariées rebelles de Laura Kasischke, dans lequel j’ai trouvé l’épigraphe que je voudrais faire figurer sur mes Saisons ; 

Extraction de la pierre de folie d’Alejandra Pizarnik dont j’aimerais bien faire une critique collée ; 

Rien du tout, d’Olivia Tapiero, qui est tout, sauf rien du tout, qui est chair du monde et du corps, qui est cri, qui est polyphonie et animal sous-marin ; 

j’ai aussi relu Tomates de septembre de Karina Borowicz, paru chez Cheyne en édition bilingue et traduit par Juliette Mouïren, qui regroupe ses deux premiers recueils, The Bees Are Waiting ainsi que Proof. j’en publie ici deux poèmes, parmi mes préférés du recueil. j’y ai retrouvé tout ce que j’aime en poésie : des animaux, des questions et des fantômes. 

peut-être que ce qui m’a conduit à ces lectures, directement ou non, et au-delà d’un pur soucis de culture littéraire ou d’un fanatisme personnel (je pense à Pizarnik), c’est qu’elles me semblaient toutes avoir un lien, plus ou moins profond, avec le monde. 

or, je trouve que ce lien, loin d’être anecdotique, aujourd’hui se fait rare. 

Alain Jouffroy, dans le texte que j’ai reproduit plus bas, appelle ce lien la poésie vécue ; elle est celle qui résulte d’une expérience ou d’une perception (il parle de l’antériorité de l’expérience sur la parole). pour cela elle peut être ancrée dans son époque (Rien du tout est, en cela, un exemple d’une poésie qui dit le monde sans s’y perdre, qui dit le monde pour mieux le confronter à ses vices, à ses morts, pour mieux s’en protéger, pour ne pas faire que dire pour dire) ou tout simplement interroger notre “énigmatique présence au monde” (sur ce point, c’est surtout la poésie de Karina Borowicz qui est exemplaire).
la poésie engage sa communicabilité dans ce lien avec le monde ; c’est pour ça qu’il est important. pour écrire aussi pour les autres et pas que pour soi.

au-delà d’une position de principe, je trouve que c’est plus sympa de lire des textes qu’on comprend, qui nous parle des choses et du monde, qui nous interroge, plutôt que des suites de mots, enfermées dans le soi qui les produit. bien sûr, la poésie ne doit pas être plate comme une liste de courses et doit cultiver son mystère. mais elle doit aussi se faire monde. aller aux racines (même si rhizomatiques). donner à lire des espaces mentaux. poser des questions encore et encore. refléter la soif de savoir et surtout la faim d’être de la personne derrière le stylo, le clavier ou l’écran (et qui sait, bientôt le cerveau).  j’aime beaucoup l’expression qu’emploie Nathanaëlle dans son entretien lorsqu’elle dit écrire pour chercher à « résoudre la Grande Énigme ». ça me semble aussi être ça la poésie vécue. 

mais tout est question d’équilibre.

c’est aussi pour ça que j’ai relu le Tao-to-King. j’en ai mis quelques extraits en-dessous. c’était pour réfléchir sur l’équilibre et sur le vide, sur un dire qui pourrait être juste comme un chemin pourrait être la voie. c’est pour ça et aussi parce que j’ai repris Les Portes de la perception d’Aldous Huxley suite à une lecture d’un essai fascinant d’Olivier Chambon, médecin-psychiatre, sur La Médecine psychédélique et l’usage thérapeutique de différents “hallucinogènes”. je vous conseille cet essai. d’ailleurs, pour finir et boucler la boucle, Alain Jouffroy évoque très brièvement dans son Manifeste de la poésie vécue l’influence de la psilocybine (substance psychédélique contenue dans les champignons hallucinogènes) sur son rapport à la poésie. alors peut-être est-ce celui-ci le vrai fil de toutes ces lectures ? le fil-racine d’un champignon magique. 

maintenant voici quelques extraits. il faut cliquer sur les images pour les lire : *

Karina Borowicz, Tomates de septembre

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Alain Jouffroy, Manifeste de la poésie vécue

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Lao-Tseu, Dao de jing ou Tao-to-King ou Livre de la Voie et de la Vertu

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un peu de musique

tout autre chose maintenant : je suis un peu obsessionnelle avec la musique et parfois, plus particulièrement avec certains morceaux. rien d’original. mais je me suis dit que ce serait cool de partager ici quelques-uns des morceaux que j’ai pu faire tourner en boucle ces dernières semaines.
au lycée, j’avais créé un blog musical. je trouvais ça bien de partager de la musique. alors, voilà, en souvenir du bon vieux temps, et pour donner forme à ma régression perpétuelle vers l’adolescence, voici quelques liens vers quelques morceaux que j’ai découverts ou aimés dernièrement. 

il y avait aussi Ei Dvipa de Merope, The Orchids de Psychic TV, pokka pokka de Fishmans, I can’t live in this world anymore de His name is alive, Good fortune de PJ Harvey, Tears are in your eyes de Yo la Tengo, et Hommage to a friendship de The Zenmenn – mais les liens intégrés ne marchaient pas pour ceux-là.

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et le reste

pour finir sur quelques évidences-vérités, bien sûr, j’ai fait des choses moins glorieuses ces dernières semaines, comme par exemple regarder les deux saisons de The Witcher, démarrer une nouvelle partie de Pokémon – cette fois version alpha saphir – m’énerver à propos du monde, traîner, déprimer, enchainer des vidéos inutiles sur Youtube, envoyer des selfies pourris à mes amis, penser au sens de la vie le jour et à la folie de la mort la nuit, et surtout, scroller beaucoup trop longtemps sur mon téléphone.

en image, ça donnerait ça :

enfin, à part ça, je vais bientôt déménager. c’est la quatrième fois en un an et demi (et la onzième en huit ans). mais c’est toujours pour le mieux. et puis, et ça c’est plus étonnant, je vais re-travailler.
voilà, c’est la fin de ce post étrange, où il y a à boire et à manger.

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alors à bientôt pour des nouvelles nourritures.

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